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Promenades canines collectives

Promenades canines collectives : faut-il toujours laisser les chiens « régler ça entre eux » ?

Il y a peu, j’ai participé avec Bowie à une promenade canine collective initialement présentée comme une sortie destinée aux chiots et aux petits chiens. J’y suis allée avec une intention simple : lui permettre de rencontrer d’autres chiens et de poursuivre sa découverte du monde dans un cadre que j’imaginais encadré.

Pourtant, à deux moments distincts, Bowie s’est fait charger par deux chiens adultes différents. La première fois, nous étions encore à proximité de notre voiture et je discutais avec les personnes présentes. Bowie se tenait simplement près de moi lorsqu’un chien est arrivé sur lui (un malinois adulte). Une dizaine de minutes plus tard, alors que nous marchions et que Bowie avançait de nouveau à mes côtés, un autre chien l’a chargé (un bouledogue adulte). Dans les deux situations, Bowie n’était pas en interaction avec eux : il ne jouait pas avec ces chiens et n’était pas allé les solliciter.

Tout n’a pas été agité en permanence et certains moments étaient plus calmes. Malgré cela, j’ai rapidement ressenti une forme de chaos ambiant dans lequel les chiens semblaient livrés à eux-mêmes. J’avais surtout le sentiment que les humains intervenaient peu, y compris lorsque certaines interactions devenaient inconfortables. Lorsque j’ai exprimé mon malaise, la réponse a été immédiate : « Ah, ils communiquent, ils communiquent. » Le message était clair : il fallait laisser faire. Les chiens allaient se réguler, se remettre à leur place et apprendre à vivre au sein de « la meute ».

Vous me connaissez … Je suis donc repartie avec Bowie, après plus ou moins 13 minutes…

Quitter la promenade et rebrousser chemin était ce que me disait de faire mon instinct pour le bien de mon chien … Parce que nous travaillons beaucoup depuis son arrivée et que je ne voulais pas qu’il vive une expérience négative prolongée.

Cette expérience ne remet pas en cause toutes les promenades canines collectives. Certaines sont organisées avec sérieux, en petits groupes, par des personnes capables d’observer les chiens et d’adapter la sortie à chacun. Elles peuvent alors offrir de belles occasions d’apprentissage, aussi bien aux chiens qu’aux humaines qui les accompagnent.

Mais cette promenade m’a rappelé combien une phrase apparemment anodine peut conduire une personne à maintenir son chien dans une situation qui le dépasse : « Laissez-les régler ça entre eux. » Une personne peu expérimentée peut faire confiance à celui ou celle qui dirige le groupe, taire son propre malaise et revenir la semaine suivante, persuadée que partir nuirait à la socialisation de son chien.

Alors, faut-il réellement laisser les chiens tout gérer seuls ? Intervenir empêche-t-il la communication canine ? Et à partir de quel moment le respect de leur nature devient-il un prétexte pour ne plus assumer notre propre responsabilité ? Ces questions menèrent à une nuit blanche et une journée entière, à relire mes livres de références et à mener des recherches complémentaires, reprendre les notes des formations suivies et les études résumées de ma bibliothèque… Voici mon opinion documentée sur la question… Elle n’engage que moi !

L’article en audio …

Promenades collectives

Une promenade canine collective est une sortie au cours de laquelle plusieurs chiens et leurs humains se retrouvent pour marcher ensemble, sur un parcours et à un horaire déterminés. Certaines sont organisées par des éducateurs canins dans le cadre de leurs cours ou d’un accompagnement éducatif. D’autres sont proposées de manière plus informelle, notamment au sein de groupes constitués sur les réseaux sociaux, dont les membres peuvent s’inscrire aux sorties annoncées. Leur organisation et leur niveau d’encadrement peuvent donc être très variables.

Ces promenades ont généralement pour objectif de permettre aux chiens de côtoyer des congénères, de partager une activité commune et, lorsque les affinités et les conditions s’y prêtent, d’interagir ou de jouer ensemble. Elles peuvent également leur offrir une activité physique et olfactive, entretenir leurs compétences sociales et les habituer à évoluer en présence d’autres chiens.

Une promenade collective n’est pas une meute

Le chien est un animal social. Il peut nouer des liens durables avec certains congénères, coopérer, jouer et organiser différemment ses relations selon les individus et les contextes. Cela ne signifie pas pour autant que tous les chiens placés au même endroit forment spontanément une meute.

Les recherches menées sur les chiens vivant en liberté montrent une grande diversité d’organisations sociales. Certains vivent seuls, d’autres forment des associations temporaires et certains constituent des groupes plus stables lorsque les ressources et l’environnement s’y prêtent. Le chien est ainsi souvent décrit comme une espèce socialement flexible ou « facultativement sociale ». Il peut vivre en groupe, sans dépendre systématiquement d’une structure comparable à celle des loups.

Même chez le loup, le récit populaire du mâle alpha qui conquiert sa place en dominant tous les autres repose en grande partie sur d’anciennes observations de loups adultes non apparentés, réunis artificiellement en captivité. Dans la nature, une meute de loups est généralement une famille composée des parents et de leurs descendants. Le biologiste David Mech l’expliquait déjà à la fin des années 1990 dans ses travaux sur le statut et la répartition des rôles au sein des groupes de loups.

Nous les brisent avec leur concept de chien dominant …

Chez les chiens, certaines relations de dominance peuvent exister entre deux individus. Des hiérarchies ont même été décrites dans certains groupes stables de chiens libres. Mais, en éthologie, la dominance désigne une relation entre des individus dans un contexte donné. Elle ne constitue pas un trait de personnalité qui pousserait un chien à vouloir prendre le pouvoir sur tous les autres, encore moins sur les humains de son foyer.

Une dizaine de chiens réunis parce que leurs humaines se sont inscrites à la même promenade ne possède ni l’histoire commune, ni la stabilité, ni les liens nécessaires pour devenir instantanément une meute. Ces chiens peuvent communiquer et créer ponctuellement des affinités. Ils peuvent aussi ne pas s’apprécier, être débordés par le groupe ou manquer des compétences nécessaires pour gérer une telle proximité. Le simple fait de les détacher ne crée pas une société canine organisée.

DOMINANCE, DE QUOI PARLE-T-ON ?

La dominance ne devrait pas servir à expliquer indistinctement un grognement, un chevauchement, un conflit autour d’une ressource ou un refus d’obéir. Bradshaw, Blackwell et Casey rappellent qu’elle décrit d’abord la relation entre deux individus et non une supposée motivation générale du chien. Le Merck Veterinary Manual souligne également que l’accès à une ressource dépend du contexte, de la motivation du chien, de ses apprentissages antérieurs et des obstacles qu’il perçoit. Parler de dominance ne suffit donc pas à comprendre ce qui se joue dans une interaction précise.

Être détaché ne signifie pas toujours être libre

Lors d’une promenade collective, nous pouvons être impressionnées par le spectacle de plusieurs chiens courant ensemble. Ils sont détachés, se déplacent rapidement et semblent profiter d’une grande liberté. Pourtant, la liberté physique ne garantit pas la liberté émotionnelle.

Un chien peut disposer de tout l’espace nécessaire et ne pas parvenir à quitter une interaction. Il tente de ralentir, mais un autre le relance. Du coup, il change de direction, mais plusieurs chiens le suivent. Il revient vers son humaine, mais un congénère continue à le solliciter. Enfin, il se fige ou grogne, sans que cela produise la distance recherchée.

Un chien détaché peut donc être libre de ses mouvements tout en restant prisonnier de l’excitation du groupe.

Dans une promenade équilibrée, les chiens ne devraient pas passer tout leur temps focalisés les uns sur les autres. Ils devraient également pouvoir marcher parallèlement, s’arrêter, renifler le sol, suivre une piste, observer l’environnement, revenir vers leur humaine ou ne rien faire pendant quelques instants. Ces temps apparemment vides ne sont pas inutiles. Ils permettent au chien de faire redescendre son niveau d’activation et de retrouver une attention plus disponible.

Courir ensemble ne signifie pas toujours jouer ensemble

Le jeu canin peut être spectaculaire. Il peut comporter des courses rapides, des vocalisations, des contacts physiques et des gueules ouvertes qui impressionnent les humains. Un grognement entendu pendant une séquence de jeu ne permet donc pas, à lui seul, de conclure qu’un conflit est en train de naître.

Pour comprendre une interaction, il faut regarder sa continuité. Dans un jeu équilibré, les rôles peuvent s’inverser. Celui qui poursuit accepte parfois d’être poursuivi. Le chien le plus fort peut se rendre volontairement moins impressionnant. Des pauses apparaissent. Après une interruption, les deux partenaires choisissent de revenir l’un vers l’autre. Les corps restent relativement souples et chacun conserve la possibilité de quitter la scène. C’est ce que j’observe au quotidien entre Queeny et Bowie et je qualifie cela de respect …

À l’inverse, si le même chien poursuit toujours, si l’autre cherche régulièrement un refuge, reste au sol, se fige ou tente de partir sans être laissé tranquille, la course n’est plus nécessairement partagée. Elle peut être amusante pour celui qui poursuit et beaucoup moins pour celui qui cherche une sortie. Le mouvement ne suffit donc pas à prouver le plaisir. Un chien qui court peut jouer mais il peut aussi fuir.

LA PAUSE COMME TEST

Lorsqu’une interaction devient très intense, créer une courte pause peut aider à la lire. Si les deux chiens retrouvent des corps souples et choisissent spontanément de revenir l’un vers l’autre, l’échange était probablement partagé. Si l’un profite immédiatement de l’interruption pour s’éloigner, se réfugier près de son humaine, renifler ailleurs ou éviter son partenaire, il vient de fournir une information précieuse. Une pause n’abîme pas un beau jeu. Elle permet simplement de vérifier que les deux chiens souhaitent encore y participer.

Communiquer ne signifie pas nécessairement être bien

Les chiens disposent d’un répertoire de communication riche. Ils peuvent détourner la tête, ralentir, s’immobiliser, se lécher les babines, se déplacer en courbe, s’éloigner, grogner ou claquer des dents. Tous ces comportements doivent être replacés dans leur contexte. Aucun signal isolé ne raconte à lui seul toute l’histoire.

Un grognement peut, par exemple, être une communication parfaitement fonctionnelle. Le chien exprime un inconfort et demande davantage de distance. Si l’autre chien entend ce message et s’éloigne, l’échange peut s’arrêter sans conflit. Punir le grognement reviendrait à supprimer le signal visible sans modifier l’émotion ni la situation qui l’a provoqué.

Mais constater que les chiens communiquent ne suffit pas à conclure qu’ils vont bien. Un chien qui grogne parce que ses tentatives de retrait précédentes ont échoué communique, certes, mais il indique surtout que la situation devient difficile. S’il doit répéter ou intensifier ses signaux pour être entendu, l’interaction ne se régule pas aussi harmonieusement qu’on voudrait le croire.

Il faut également rester prudente face au chevauchement, trop souvent interprété comme une preuve de domination. Il peut apparaître dans différents contextes, notamment lors d’une forte excitation, d’un stress ou d’une difficulté à se réguler. Là encore, poser une étiquette ne dispense pas d’observer les individus.

Quand « laisser faire » devient laisser subir

Laisser les chiens communiquer et les laisser tout régler seuls sont deux choix très différents.

Nous n’avons pas besoin d’interrompre chaque approche, chaque grognement ou chaque désaccord. Les chiens doivent pouvoir poser leurs limites et apprendre à connaître leurs partenaires. Mais nous restons responsables du cadre dans lequel ils sont placés. Lorsque l’un d’eux ne parvient plus à sortir de l’interaction, lorsque l’excitation collective empêche toute pause ou lorsque les signaux modérés restent sans effet, ne rien faire n’est plus une marque de confiance. C’est un abandon de responsabilité.

Un comportement produit des conséquences et ces conséquences participent à l’apprentissage. Si un chien découvre que poursuivre un congénère déclenche une longue course excitante, la poursuite peut devenir gratifiante en elle-même. Aussi, si le chevauchement n’est jamais interrompu, il peut être répété. Enfin, si les signaux discrets d’un chien ne lui permettent jamais d’obtenir de l’espace, celui-ci peut apprendre qu’il doit fuir plus vite, grogner plus tôt ou employer un signal plus intense.

Cela ne signifie pas que tout chien mal écouté deviendra agressif. Les trajectoires individuelles sont beaucoup plus complexes. Mais rien ne permet non plus d’affirmer que subir une interaction constitue automatiquement une bonne leçon de communication canine.

Les travaux consacrés aux expériences précoces invitent d’ailleurs à la prudence. Une étude portant sur l’exposition sociale des jeunes chiens a trouvé une association entre certaines expériences négatives vécues dans l’espace public pendant la période juvénile et davantage de comportements agressifs rapportés ultérieurement. Une mauvaise rencontre ne condamne évidemment pas un chiot, mais toutes les confrontations ne sont pas formatrices par nature.

UN SIGNAL ENTENDU N’A PAS BESOIN DE CRIER

Écouter un chien ne signifie pas lui donner systématiquement raison contre tous les autres. Cela signifie rendre ses premiers signaux efficaces. Lorsqu’un détournement, un retrait ou un retour vers son humaine suffit à mettre fin à une interaction, le chien n’a pas besoin de hausser le ton pour retrouver de la sécurité. À l’inverse, si ses demandes modérées échouent régulièrement, il peut abandonner ce qui ne fonctionne pas ou adopter une réponse plus intense.

Les chiens peuvent aussi apprendre les mauvais comportements

L’expression « les chiens vont s’éduquer entre eux » contient une part de vérité. Les chiens sont capables d’apprentissage social. Ils peuvent recueillir des informations en observant un humain ou un congénère. Des expériences ont notamment montré que des chiots pouvaient apprendre une tâche après avoir observé leur mère, un autre chien ou une personne la réaliser.

Mais l’apprentissage social ne sélectionne pas uniquement les comportements que nous jugeons souhaitables.

Un chien calme peut servir de modèle à un jeune chien. C’est ce que j’observe au quotidien entre Queeny et Bowie. Leur relation est stable et inscrite dans un environnement familier. Bowie apprend à moduler ses approches auprès de Queeny qui est plus petite et plus âgée. Queeny dispose de ses repères, de ses espaces de repos et de mon intervention lorsque l’écart d’âge ou d’énergie rend la situation injuste.

Ce processus ne peut pas être comparé à un groupe de chiens inconnus réunis ponctuellement et laissés sans véritable régulation.

Dans un groupe, le risque ne vient d’ailleurs pas seulement de l’imitation exacte d’un comportement. La facilitation sociale, l’entraînement collectif et la répétition jouent aussi un rôle. Lorsqu’un chien part en courant, son mouvement peut déclencher le départ des autres. Lorsqu’un chien aboie ou monte brusquement en activation, d’autres peuvent le rejoindre sans même avoir identifié la cause initiale. Des recherches montrent également que les chiens réagissent aux vocalisations émotionnelles négatives de leurs congénères par davantage d’indicateurs d’activation et d’état émotionnel négatif.

Un groupe peut donc favoriser l’apaisement lorsque les chiens qui le composent savent prendre de la distance et revenir au calme. Il peut aussi amplifier l’excitation, les poursuites et les comportements défensifs lorsque personne ne protège les pauses.

L’APPRENTISSAGE SOCIAL NE FAIT PAS LE TRI

Les chiens peuvent apprendre de leurs congénères, mais ils ne copient pas uniquement ce que les humains considèrent comme de bonnes manières. Ils peuvent découvrir qu’il est intéressant de suivre une course, d’aboyer avec les autres ou de poursuivre un chien qui s’éloigne. Ils peuvent aussi répéter les comportements qui leur permettent d’obtenir de l’espace. Un congénère équilibré peut être un formidable partenaire d’apprentissage. Un groupe surexcité laissé sans régulation n’est pas, pour autant, une école canine.

Le mythe du chien qui doit se « défouler »

Une autre idée revient régulièrement : si le chien court beaucoup et rentre épuisé, la promenade lui a forcément fait du bien. Notons que « se défouler » ne devrait jamais signifier jouer les tyrans en emmerdant les autres chiens zen qui se promènent à côté…

La dépense physique est indispensable à l’équilibre du chien. Courir, jouer et poursuivre peuvent lui procurer du plaisir. L’excitation n’est pas non plus une émotion négative par définition. Le problème apparaît lorsque toute la sortie repose sur une activation croissante et qu’aucun retour au calme n’est possible.

Un chien peut terminer une promenade physiquement fatigué tout en restant émotionnellement très activé. Il peut rentrer agité, mordiller davantage, chercher encore l’action ou s’effondrer de sommeil après avoir dépassé ses capacités de régulation. L’épuisement visible ne permet pas, à lui seul, de mesurer la qualité de l’expérience vécue.

Il faut ici éviter le raccourci inverse. La science ne permet pas d’affirmer que la stimulation mentale serait toujours supérieure à l’exercice physique ou qu’elle fatiguerait systématiquement davantage. Le chien a besoin de mouvement, d’exploration, de repos, de réflexion, d’olfaction et d’interactions adaptées. Ces dimensions ne sont pas concurrentes. Elles se complètent.

Une étude de Charlotte Duranton et Alexandra Horowitz apporte néanmoins un éclairage intéressant. Pendant deux semaines, un groupe de chiens a pratiqué une activité de recherche olfactive tandis qu’un autre travaillait la marche au pied, avec une dépense physique comparable. À l’issue de cette période, les chiens ayant pratiqué le nosework présentaient un biais de jugement plus positif, interprété comme un indicateur d’un état émotionnel plus favorable.

La qualité d’une promenade ne se mesure donc ni au nombre de kilomètres parcourus ni au degré d’épuisement du chien au retour. Renifler, observer, chercher, faire des choix et réussir à redescendre en activation participent également à son bien-être.

FATIGUÉ OU APAISÉ ?

La fatigue physique désigne une diminution temporaire des capacités après un effort. L’apaisement renvoie plutôt à la capacité de revenir à un niveau d’activation compatible avec le repos, l’observation et la disponibilité. Les deux peuvent aller ensemble, mais ce n’est pas automatique. Un chien peut être épuisé après une heure de poursuites tout en ayant passé cette heure dans une excitation continue. À l’inverse, une promenade plus lente, riche en exploration olfactive et en choix, peut sembler moins spectaculaire tout en offrant une expérience émotionnellement plus équilibrée.

Socialiser un chien ne consiste pas à l’immerger

La socialisation est souvent évaluée au nombre de chiens rencontrés. Plus un chiot croiserait de congénères, plus il deviendrait sociable. Pourtant, une accumulation de rencontres ne garantit ni leur qualité ni ce que le chien en retiendra.

Socialiser ne consiste pas à exposer coûte que coûte. Il s’agit de proposer des expériences que le chien peut comprendre, supporter et intégrer. Une rencontre courte, choisie et positive peut être beaucoup plus constructive qu’une heure passée au milieu d’un groupe dont il ne parvient jamais à se dégager.

Le lendemain de cette promenade collective, Bowie a croisé plusieurs humains et plusieurs chiens sur un petit sentier que j’apprécie justement pour la diversité des rencontres possibles. Il a attendu calmement le passage d’un jogger avant d’aller lui dire bonjour lorsque celui-ci l’a proposé. Ensuite, il a croisé d’autres chiens, puis un petit caniche de treize ans qu’il a approché avec davantage de douceur. Il a encore rencontré une promeneuse, appris à la saluer sans sauter et attendu avant de traverser lorsqu’un vélo est arrivé rapidement.

Cette sortie n’avait rien de spectaculaire. Bowie n’a pas couru pendant une heure au milieu de quinze chiens. Pourtant, il a observé, attendu, ajusté son comportement à des personnes et à des chiens différents, puis poursuivi sa promenade. Il a rencontré le monde sans être submergé par lui. C’est aussi cela, la socialisation.

Rassurer son chien ne le rend pas incapable de se débrouiller

L’une des croyances les plus persistantes consiste à penser qu’un chien inquiet devrait affronter seul la situation, sous peine de devenir dépendant de son humaine ou peureux. Le rassurer renforcerait sa peur et l’empêcherait d’apprendre.

Cette conception confond une émotion et un comportement. La peur n’est pas une action que le chien produit volontairement pour obtenir une caresse. Le renforcement concerne la probabilité qu’un comportement se reproduise en fonction de ses conséquences. Il ne transforme pas mécaniquement une émotion involontaire en stratégie intéressée.

Cela ne signifie pas que toutes les formes de réconfort conviennent à tous les chiens. Un chien qui cherche à s’éloigner n’a pas besoin d’être retenu dans les bras. Celui qui refuse le contact ne sera pas apaisé par des caresses imposées. Une voix fébrile, des gestes brusques ou une humaine elle-même paniquée peuvent également ajouter de l’activation à la situation.

Rassurer peut prendre une forme beaucoup plus simple : créer de la distance, laisser le chien revenir près de soi, parler calmement, proposer un contact s’il le recherche, interrompre l’interaction ou lui permettre de repartir.

Des recherche l’attestent …

Les recherches sur l’attachement entre le chien et son humain permettent de comprendre pourquoi cette disponibilité compte. Dans une expérience menée par Horn, Huber et Range, les chiens persévéraient davantage dans une tâche lorsque leur humaine était présente. La présence d’une personne inconnue ne produisait pas le même effet. Les chercheurs parlent d’un effet de base de sécurité propre à la figure d’attachement.

Une autre étude, menée par Gácsi et ses collègues auprès de trente chiens confrontés à l’approche menaçante d’un inconnu, a observé une augmentation de la fréquence cardiaque moins prononcée lorsque l’humain familier était présent. Les auteurs décrivent ici un effet de refuge sécurisant.

Enfin, lors d’examens vétérinaires standardisés, Csoltova et ses collègues ont comparé une situation dans laquelle l’humaine restait présente sans interagir avec son chien à une situation dans laquelle elle pouvait lui parler et le caresser. Les interactions tactiles et verbales ont atténué certains paramètres physiologiques associés au stress et les chiens tentaient moins souvent de quitter la table d’examen.

Ces études ne permettent pas de promettre qu’une caresse suffira toujours à calmer un chien. Elles montrent néanmoins que la présence et le soutien d’un humain familier peuvent participer à la régulation du stress. La proximité humaine n’est donc pas nécessairement un obstacle à l’autonomie. Elle peut constituer le point d’appui à partir duquel le chien retrouve les moyens d’explorer et d’agir.

LA BASE DE SÉCURITÉ

Dans la théorie de l’attachement, la base de sécurité permet à l’individu d’explorer en sachant qu’il peut revenir vers une figure familière. Le refuge sécurisant désigne davantage la recherche de proximité ou de soutien lorsqu’un danger apparaît. Les chiens présentent des comportements compatibles avec ces deux fonctions auprès de leur humaine. Une relation sécurisante ne maintient donc pas nécessairement le chien dans la dépendance. Elle peut, au contraire, soutenir sa capacité à explorer, à résoudre un problème et à récupérer après une situation difficile.

Le chien regarde aussi son humaine pour comprendre

Le soutien humain ne repose pas uniquement sur le contact physique. Dans une situation ambiguë, le chien peut également observer son humaine afin d’obtenir des informations.

Ce phénomène, appelé référencement social, a été étudié par Merola, Prato-Previde et Marshall-Pescini. Face à un objet potentiellement inquiétant, les chiens regardaient l’informateur humain et adaptaient davantage leur comportement au message émotionnel lorsque celui-ci provenait de leur humaine plutôt que d’une inconnue. Nous sommes lisibles pour nos chiens qui prennent les informations aussi dans notre langage corporel.

Notre attitude participe donc à la manière dont le chien lit certaines situations. Cela ne signifie pas que l’inquiétude d’une humaine crée à elle seule la peur ou la réactivité de son chien. Cela signifie que le chien tient compte de cette personne familière lorsqu’il essaie de comprendre ce qui lui arrive.

Zen soyons zen … Mais pas passif

Une présence calme, cohérente et prévisible peut ainsi devenir une information en elle-même : « J’ai vu ce qui se passe. Tu peux revenir vers moi. Nous pouvons nous éloigner. » c’est le fonctionnement de mes chiens. Particulièrement de Queeny qui avait des craintes plus jeune, cette approche a contribué à la faire revenir vers moi. Alors qu’initialement, elle voulait simplement fuir.

Lorsque cette réponse se répète, le chien apprend que ses demandes d’aide ne sont pas inutiles. Il n’a pas besoin de fuir toujours plus loin ni de surenchérir pour obtenir la fin d’une interaction. Il sait que son humaine reste attentive et qu’elle peut lui fournir un renfort lorsque ses propres compétences ne suffisent plus.

Ce n’est pas une promesse magique d’attachement sécurisé après une seule intervention. C’est une confiance relationnelle qui se construit dans la répétition : l’humain observe, répond de façon prévisible et ne laisse pas systématiquement le chien seul face à ce qui le dépasse. Cela revient à lui dire « tu n’es pas seul, je suis là pour toi … On gère ensemble ! »

Intervenir n’est pas empêcher la communication canine

Intervenir ne signifie pas punir le chien qui grogne ni saisir chaque animal au premier mouvement. Cela peut simplement consister à rappeler son chien, remettre du mouvement dans une direction différente, créer de la distance, proposer une pause ou quitter les lieux.

L’American Veterinary Society of Animal Behavior recommande des méthodes fondées sur les récompenses et rappelle que l’animal doit pouvoir se sentir en sécurité et se soustraire à une séance. Elle déconseille les méthodes reposant sur la douleur, l’intimidation, l’exposition forcée et les théories dépassées du chef de meute. La British Small Animal Veterinary Association recommande également de prévenir les blessures, de séparer les chiens lorsqu’un affrontement éclate, de ne pas les punir après la séparation et de progresser au rythme du chien.

Le rôle humain ne consiste donc pas à prendre le contrôle de chaque seconde. Il consiste à maintenir les conditions qui permettent à la communication de rester modérée et efficace. En intervenant, l’humaine ne se substitue pas aux compétences sociales de son chien. Elle lui montre qu’il peut demander de l’aide sans être abandonné au conflit.

À quoi reconnaît-on une promenade collective correctement encadrée ?

À quoi reconnaît-on une promenade collective correctement encadrée ? Une bonne promenade collective ne se juge pas à la fatigue visible au retour. Elle se reconnaît à la manière dont les individualités sont prises en compte, avant même que les chiens se rencontrent.

Le nombre de chiens : pas de chiffre magique, mais une vraie limite d’observation

Il n’existe pas un nombre universel au-delà duquel toute promenade deviendrait mauvaise. Quatre chiens aux profils incompatibles peuvent créer davantage de tension qu’un groupe plus important composé de chiens connus, calmes et habitués à marcher ensemble. Le nombre reste néanmoins un critère important surtout pour les premières fois: plus le groupe est grand, plus il devient difficile d’observer chaque chien, de repérer un inconfort et d’intervenir suffisamment tôt. Le nombre de personnes réellement attentives compte donc autant que celui des chiens.

Pour un chiot, un chien inquiet ou un chien peu habitué aux rencontres, mieux vaut souvent commencer modestement. Une marche parallèle avec un seul chien calme et compatible peut constituer une première étape. Si elle se passe bien, les sorties suivantes peuvent réunir deux ou trois chiens, puis éventuellement un groupe un peu plus large. La socialisation n’exige pas de commencer par le niveau expert au milieu d’une foule canine.

Des profils compatibles plutôt qu’une simple catégorie

Réunir des chiens de petite taille ou annoncer une « promenade pour chiots » ne suffit pas à garantir un groupe adapté. L’âge, le gabarit et l’état de santé comptent, mais aussi le style de communication, le niveau d’excitation, la façon de jouer, la capacité à interrompre une interaction, les expériences antérieures et les éventuelles sensibilités de chacun. Un adulte très insistant peut mettre un chiot en difficulté sans jamais le blesser physiquement. Deux chiens très joueurs ne sont pas nécessairement compatibles si l’un apprécie les poursuites prolongées et que l’autre cherche rapidement à s’en soustraire.

Avant l’inscription, la personne qui organise la sortie devrait donc vous interroger sur votre chien : son âge, ses habitudes, ses peurs, ses réactions face aux congénères, son rappel et ce que vous attendez de la promenade. Elle devrait également pouvoir vous expliquer pourquoi le groupe envisagé lui paraît adapté. Si aucun renseignement n’est demandé et que tous les chiens sont acceptés indistinctement, la prudence s’impose.

Commencer à distance plutôt que par un lâcher général

Une arrivée correctement gérée évite de concentrer immédiatement tous les chiens dans un espace étroit, autour des voitures ou au bout de laisses tendues. La marche peut commencer à distance, dans la même direction, afin que chacun observe et recueille des informations sans subir un contact frontal. Les rapprochements se font ensuite progressivement, selon les réactions observées.

Tous les chiens ne devraient pas être détachés simultanément par principe. Certains ont besoin de marcher à distance, d’utiliser une longe ou de découvrir d’abord le groupe sans contact direct. La liberté ne consiste pas seulement à retirer une laisse : elle suppose aussi que le chien puisse ralentir, s’éloigner, renifler et revenir vers son humaine sans être immédiatement poursuivi.

Pendant la sortie, l’encadrement devrait permettre des temps de marche parallèle, des pauses et de véritables possibilités de retrait. Un chien constamment poursuivi ne devrait pas être présenté comme celui qui « doit apprendre à se défendre ». Un chien très insistant ne devrait pas être laissé libre de répéter son comportement sous prétexte qu’un autre finira par le remettre à sa place.

Informations à récolter avant de participer

Un échange préalable, même bref, permet souvent de distinguer une promenade pensée pour les chiens d’un simple rassemblement. Vous pouvez notamment demander :

  • combien de chiens seront présents et combien de personnes assureront réellement l’encadrement ;
  • comment les profils sont sélectionnés et si les chiens participant pour la première fois sont intégrés progressivement ;
  • comment sont organisés l’arrivée, les distances et les éventuels passages en longe ou en laisse ;
  • ce qui est prévu lorsqu’un chien se fige, se cache, poursuit sans relâche, monte fortement en excitation ou demande à s’éloigner ;
  • si vous pourrez faire une pause ou quitter le groupe sans être culpabilisée ;
  • si l’organisateur est formé aux premiers secours canin;
  • sur quelles connaissances s’appuie la personne qui encadre et comment elle les actualise.

La personne qui accompagne le groupe devrait pouvoir répondre concrètement et expliquer ce qu’elle observe avec nuance. Une réponse consistant seulement à dire que « les chiens communiqueront » ou « se remettront entre eux à leur place » ne décrit aucun protocole d’encadrement. Un vocabulaire catégorique fondé exclusivement sur la dominance, la soumission et la meute constitue également un signal de vigilance. Autant dire un RED FLAG !

Aussi, je vous recommande de privilégier les promenades encadrées par un professionnel compétent. Il doit être capable d’adapter, recadrer, accompagner et parfois de reconnaître que ce groupe précis ne convient pas à ce chien précis, ce jour-là. Une bonne promenade collective ne promet pas que tout se passera toujours parfaitement. Elle prévoit ce qui sera fait lorsque ce ne sera pas le cas. Enfin, vérifiez que les valeurs éducatives de l’organisateur et du groupe vous sont communes… Positives, bienveillantes et évidemment respectueuses du bien-être de votre chien.

Vous avez le droit de repartir

Vous n’avez pas besoin d’attendre une morsure pour décider qu’une situation ne convient pas à votre chien. De fait, vous pouvez interrompre une interaction, créer de la distance ou quitter une promenade. Vous pouvez aussi refuser de revenir.

Partir ne signifie pas que vous avez échoué à socialiser votre chien. Cela peut simplement signifier que vous avez observé celui qui se trouvait devant vous plutôt que d’obéir à une théorie générale.

Respecter la nature canine ne revient pas à abandonner les chiens à eux-mêmes. Ils peuvent communiquer, choisir leurs affinités, jouer et poser leurs limites. Mais nous restons responsables du cadre dans lequel ils doivent le faire.

Être au bout de la laisse, c’est aussi savoir quand la détendre, quand la reprendre et quand offrir à son chien la possibilité de partir.

NOTE DE VIGILANCE

Les promenades canines collectives sont nombreuses, mais elles ne se valent pas toutes. Certaines sont encadrées avec sérieux et respectent les besoins de chaque chien. D’autres reposent encore sur des connaissances anciennes, jamais actualisées, et sur les mythes de la meute, de la dominance ou de l’éducation à la dure. Ne vous fiez donc pas uniquement aux titres ou aux années d’expérience affichées : observez la manière dont les chiens sont réellement accompagnés. Un bon encadrement accepte les pauses, adapte les distances et ne culpabilise jamais une humaine qui choisit de repartir. Certains groupes sont enrichissants. D’autres sont réellement à fuir.

Sources scientifiques et vétérinaires principales

  • Bradshaw, J. W. S., Blackwell, E. J. et Casey, R. A. (2009). Dominance in domestic dogs: useful construct or bad habit?, Journal of Veterinary Behavior, 4(3), 135-144.
  • Mech, L. D. (1999). Alpha Status, Dominance, and Division of Labor in Wolf Packs, Canadian Journal of Zoology, 77, 1196-1203.
  • Wynne, C. D. L. (2021). The Indispensable Dog, Frontiers in Psychology.
  • Horn, L., Huber, L. et Range, F. (2013). The Importance of the Secure Base Effect for Domestic Dogs, PLOS ONE, 8(5), e65296.
  • Gácsi, M., Maros, K., Sernkvist, S., Faragó, T. et Miklósi, Á. (2013). Human Analogue Safe Haven Effect of the Owner, PLOS ONE, 8(3), e58475.
  • Csoltova, E., Martineau, M., Boissy, A. et Gilbert, C. (2017). Behavioral and physiological reactions in dogs to a veterinary examination: Owner-dog interactions improve canine well-being, Physiology & Behavior, 177, 270-281.
  • Merola, I., Prato-Previde, E. et Marshall-Pescini, S. (2012). Dogs’ Social Referencing towards Owners and Strangers, PLOS ONE, 7(10), e47653.
  • Fugazza, C., Moesta, A., Pogány, Á. et Miklósi, Á. (2018). Social learning from conspecifics and humans in dog puppies, Scientific Reports, 8, 9257.
  • Range, F. et al. (2013). Social learning from humans or conspecifics: differences and similarities between wolves and dogs, Frontiers in Psychology.

Partie 2

  • Huber, A. et al. (2017). Investigating emotional contagion in dogs to emotional sounds of humans and conspecifics, Animal Cognition, 20, 703-715.
  • Wormald, D. et al. (2016). Analysis of correlations between early social exposure and reported aggression in the dog, Journal of Veterinary Behavior.
  • Duranton, C. et Horowitz, A. (2019). Let me sniff! Nosework induces positive judgment bias in pet dogs, Applied Animal Behaviour Science, 211, 61-66.
  • Vieira de Castro, A. C. et al. (2020). Does training method matter? Evidence for the negative impact of aversive-based methods on companion dog welfare, PLOS ONE, 15(12), e0225023.
  • China, L., Mills, D. S. et Cooper, J. J. (2020). Efficacy of Dog Training With and Without Remote Electronic Collars vs. a Focus on Positive Reinforcement, Frontiers in Veterinary Science, 7, 508.
  • American Veterinary Society of Animal Behavior (2021). Humane Dog Training Position Statement.
  • Merck Veterinary Manual. Social Behavior of Dogs.

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AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE

Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram

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