BadTime,  Introspections - Société

Pourquoi nos chiens déclenchent-ils tant de tensions ?

Chien et société : pourquoi nos compagnons déclenchent-ils tant de tensions ? D’emblée, vous avez envie de me signaler que j’exagère car nos chiens ne déclenchent rien … Cependant, j’avais envie d’aborder ce sujet car il fait écho à un vécu récent …

Une anecdote révélatrice

Il y a quelques jours, en rentrant d’une promenade à la plage avec Queeny, j’ai vécu une scène banale en apparence, mais qui a ouvert une grande réflexion. La marée montait lentement. Aussi, on était sur le point de partir et Queeny s’est arrêtée pour faire pipi dans le sable. Le deux gouttes quand ils sentent qu’un autre est passé par là … Quelques gouttes à peine, qui allaient être recouvertes par l’océan en moins d’un quart d’heure. Rien de choquant pour qui connaît les cycles naturels de la plage.
Pourtant, un homme est passé à ce moment-là avec son bébé en porte-ventre. Il m’a lancé d’un ton accusateur : « C’est dégoûtant, les enfants jouent là après. »

Sur le moment, je me suis sentie blessée et attaquée. Ainsi, prise entre deux émotions contraires : de la colère, parce que je savais que je ne faisais rien de mal. La plage était autorisée aux chiens, et l’urine n’allait pas rester. D’un autre côté touchée par une once de dégoût, voire, d’injustice. Notamment, parce que cela arrive souvent qu’on se permette de faire des remarques aux chiens ou sur nos chiens.

Alors que finalement, nous faisons notre vie, en respectant les règles, sans rien demander. C’est ce qui soulève cette question : pourquoi nos chiens cristallisent-ils autant de tensions dans l’espace public et social ?

Propreté, saleté et normes sociales

La remarque que j’ai reçue n’est pas anodine. Dans la plupart des cultures occidentales, l’urine et les excréments sont entourés d’un tabou puissant. L’anthropologue Mary Douglas, dans son ouvrage célèbre « De la souillure » (1966), montre que ce que nous considérons comme “sale” n’est pas uniquement une question d’hygiène : c’est avant tout une construction sociale.

Ainsi, un enfant qui urine sur le sable peut être vu avec indulgence, tandis qu’un chien qui fait la même chose provoque souvent du rejet. Pourtant, scientifiquement, l’urine canine, surtout en petite quantité, est très rapidement diluée et dégradée.

À la plage, elle est négligeable comparée à la présence massive de bactéries d’origines diverses : déjections d’oiseaux marins, eaux de ruissellement, traces humaines laissées par les baigneurs eux-mêmes.

Le contraste entre la réalité biologique et la perception sociale est frappant : ce n’est pas la dangerosité qui fait réagir, mais le symbole.

Le chien comme perturbateur d’espace public

Au-delà des questions de propreté, la présence d’un chien dans l’espace partagé peut suffire à créer une tension. Les psychologues sociaux parlent de “territorialité” : chaque individu défend une certaine représentation de l’espace, avec ses règles implicites.

Pour certains, la plage est un lieu pour les enfants, les familles, le “propre”. Le chien vient alors troubler cette image.

Pour d’autres, les trottoirs doivent être réservés aux piétons. Pourtant, dans les zones partagées avec les cyclistes, les chiens se retrouvent souvent toisés, comme si leur simple présence était une gêne. Ces petits signaux implicites; regards appuyés, soupirs, changements de trajectoire; sont autant de micro-conflits invisibles qui usent au quotidien.

Un animal qui ne laisse personne indifférent

Le chien occupe une place particulière dans notre quotidien. Pour certains, il est un compagnon fidèle, un membre de la famille. Pour d’autres, il est source de nuisances : aboiements, poils, odeurs, risques sanitaires. Cette ambivalence explique pourquoi sa simple présence peut susciter autant de réactions contrastées.

Les sociologues parlent ici d’animal liminaire : un être vivant qui partage notre espace sans appartenir complètement à la sphère humaine. Il n’est pas sauvage, mais il n’est pas non plus un humain. Cette position « entre-deux » provoque souvent des incompréhensions et des conflits de cohabitation.

Quand les attaques touchent le maître autant que le chien

Être critiqué sur son chien n’est jamais neutre. Dans la relation que nous entretenons avec eux, nous investissons énormément d’affect, de temps et d’énergie. Recevoir une remarque revient souvent à se sentir jugé comme Dogmom, voire comme personne.

La psychologie sociale parle ici de “menace identitaire” : quand une remarque met en doute non seulement un comportement, mais l’image que nous avons de nous-mêmes. Dans ces moments-là, la blessure est double : on se sent injustement attaqué, et l’on porte l’impression d’avoir failli. Même un simple regard de travers peut suffire à déclencher ce malaise.

Ce que disent la psychologie et la sociologie

Quand quelqu’un critique notre chien, cela ne touche pas seulement l’animal : cela touche le nous-mêmes. Les psychologues parlent ici de projection identitaire : le chien est perçu comme une extension de notre personne, de notre éducation, de nos valeurs. Ainsi, lorsqu’on reproche à notre chien son comportement, qu’il aboie trop, qu’il dérange, qu’il salisse, on a l’impression qu’on remet en cause directement notre rôle de gardien bienveillant.

De plus, la société actuelle valorise le contrôle et la maîtrise : un chien qui n’obéit pas parfaitement est vite perçu comme une menace ou une gêne. Or, comme les enfants, les chiens ont des phases de vie plus intenses (l’adolescence canine, par exemple) et ne peuvent pas être « parfaits » en toutes circonstances. Mais cette tolérance-là n’est pas toujours partagée dans l’espace public.

Sociologiquement, cela renvoie aussi à la question de la civilité : chacun a une idée précise de ce qui est « acceptable » dans l’espace commun. Pour certains, un chien qui urine dehors est une normalité biologique ; pour d’autres, c’est une atteinte à la propreté collective. Le conflit naît alors de la différence de normes.

Quand la critique fait mal

Reste un point essentiel : le ressenti. Quand on nous attaque, même de manière implicite, un regard appuyé, un soupir, un commentaire, cela fait mal. Parce qu’on sait tout le travail fourni, parce qu’on aime profondément notre chien, et parce que ce jugement nous semble souvent injuste.

Ce malaise répété peut créer une forme de vigilance permanente chez nous : anticiper le croisement avec un joggeur, retenir son chien pour éviter un malentendu, justifier ses choix devant des inconnus. Voire, se faire discret, contourner ou alimenter la peur de « déranger » en culpabilisant simplement d’être là… Cette charge mentale invisible pèse, au point que beaucoup finissent par éviter certains lieux ou moments pour ne pas s’exposer aux critiques.

Les zones de friction les plus fréquentes

Dans l’espace public
La propreté est une source de tension constante. Un chien qui urine ou laisse une déjection suscite souvent des remarques. À cela s’ajoutent les peurs : un chien sans laisse peut être perçu comme une menace, même s’il est parfaitement sociable. Les aboiements, les jeux un peu brusques, ou simplement la présence du chien dans des lieux bondés, déclenchent parfois des réactions disproportionnées.

Dans le voisinage
Là aussi, les chiens sont souvent au cœur des conflits. Les aboiements répétés sont l’une des premières causes de plaintes en copropriété. À cela s’ajoutent les odeurs, les escaliers salis ou les frayeurs occasionnées aux enfants des voisins.

Dans les familles
Même au sein d’un foyer aimant, des divergences peuvent naître : faut-il autoriser le chien sur le canapé ?, qui sort le chien le matin ?, quelle méthode éducative choisir ? Le chien devient parfois le miroir de nos désaccords. Il en va de même lorsque l’on se rend dans la famille avec nos chiens… On ressent parfois les tensions… Il est toléré sous conditions …

Avec les institutions
Plages, transports, restaurants… Les interdictions ou réglementations strictes créent un climat où les propriétaires de chiens se sentent exclus. Là encore, la place du chien dans la société reflète nos normes et nos peurs collectives.

Ce qui se cache derrière ces tensions

Pour comprendre pourquoi les chiens génèrent autant de débats, il faut se tourner vers la psychologie et la sociologie.

La peur de l’animal : beaucoup de personnes ont une forme de cynophobie, souvent liée à un traumatisme d’enfance ou à une absence de familiarité avec les chiens.

Le rapport au propre et au sale : dans nos sociétés, l’urine et les excréments sont considérés comme tabous, symboles de contamination. Qu’ils proviennent d’un enfant en bas âge ou d’un chien, ils déclenchent des réactions émotionnelles fortes.

Les normes sociales : on attend du maître qu’il ait un chien “parfaitement éduqué”, silencieux, propre et obéissant. Or, le chien est un être vivant, pas une machine. Quand il échappe à ce cadre idéalisé, le jugement tombe.

Le regard des autres : chaque dogmom ou dogdad sait combien une remarque peut blesser. Car derrière, il y a souvent des heures de travail, d’efforts et d’amour. Être critiqué sur son chien revient à être critiqué dans son rôle d’accompagnant.

Le saviez-vous ?
Selon plusieurs enquêtes sur la vie en copropriété, près de 20 % des plaintes concernent le bruit, et une grande partie d’entre elles visent les chiens. Dans l’espace public, la question des déjections canines est citée parmi les trois principales causes de conflits entre habitants et municipalités.

Comment apaiser ces conflits ?

Bien sûr, nous ne pouvons pas changer les représentations sociales du jour au lendemain. Mais quelques pistes peuvent aider :

Communiquer calmement : expliquer que l’on ramasse toujours, ou que le chien est sociable, peut désamorcer des tensions.

Anticiper : sacs à déjection toujours dans la poche, rappel travaillé, respect des espaces où les chiens sont interdits.

Choisir ses batailles : inutile de se lancer dans chaque débat. Parfois, ignorer une remarque vaut mieux que de s’épuiser à se justifier.

Faire preuve d’empathie : se rappeler que certaines peurs ou agacements sont réels, même s’ils nous paraissent exagérés

Relativiser scientifiquement : savoir que le pipi de son chien n’est pas une catastrophe écologique ou sanitaire aide à se protéger du jugement.

Savoir se préserver : choisir parfois de ne pas répondre, de relativiser, pour éviter de ruminer un conflit inutile. Ainsi, il faut prolonger la promenade après une remarque pour rester sur un moment agréable et une note positive. Exemple, on est retournée jouer dans l’eau après la remarque … Il n’était plus là, on a respiré, on a joué et c’était nécessaire parce que j’étais énervée et blessée.

Trouver du soutien : partager ses expériences avec d’autres permet de se sentir moins seule face à ces micro-agressions.

Et si nous apprenions à mieux cohabiter ?

Au-delà des tensions, ces situations invitent à réfléchir à une question : comment faire cohabiter différentes sensibilités dans une société où les chiens sont nombreux (près d’1 foyer sur 3 en France) ?

Cela passe par :

Le respect mutuel : ramasser les déjections, tenir son chien en laisse dans les zones imposées, mais aussi accepter que la nature d’un chien soit… d’être un chien.

L’éducation (du chien et de l’humain) : apprendre aux chiens à gérer l’excitation, mais aussi apprendre aux humains à dépasser leurs préjugés.

La tolérance : reconnaître que la cohabitation implique des concessions réciproques, et que la perfection n’existe pas.

Conclusion ?

Le chien, compagnon fidèle et joyeux, devient paradoxalement un révélateur de nos contradictions sociales. Il est source de joie et de lien, mais aussi objet de tensions, de peurs et de jugements. Derrière chaque remarque, chaque regard pesant, il y a en réalité des normes collectives qui s’expriment : celles de la propreté, de l’ordre, et d’une société qui supporte mal ce qui échappe à son contrôle.

Pourtant, il suffit parfois d’un peu de compréhension mutuelle pour transformer ces conflits en occasions de dialogue. Car au fond, ce qui gêne le plus, ce n’est pas le chien : c’est ce qu’il révèle de nos propres fragilités et de nos attentes irréalistes vis-à-vis du monde vivant.

Si vous avez une question, n’hésitez pas à nous la poser soit en commentaire de cet article, soit en nous contactant sur l’adresse e-mail du blog : mydogisaqueen@gmail.com ou sur notre compte Instagram

Vous aimez cet article ?

Vous pouvez l’aider à voyager … Commenter, aimer, partager des petits gestes qui font tellement plaisir ! D’ailleurs, des épingles Pinterest sont à votre disposition… On vous remercie beaucoup pour votre soutien !

Crédit photo : Georges Petkidis

AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE

Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram

Envie de nous laisser un commentaire ?

En savoir plus sur MDIAQ

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture