CinéDog : The Friend
Quand un grand danois devient le gardien du deuil
Certains films s’imposent par la puissance du silence. The Friend (2024), réalisé par Scott McGehee et David Siegel, fait partie de ceux-là. Adapté du roman éponyme de Sigrid Nunez, couronné du National Book Award en 2018 , ce long métrage suit Naomi Watts dans la peau d’une écrivaine new-yorkaise frappée par la mort brutale de son ami et mentor. En héritant de son chien, Apollo, un gigantesque Grand Danois, elle hérite aussi de son absence, de son chagrin et de son ombre.
Mais The Friend n’est pas un drame animalier, ni même un film “sur un chien”. C’est une méditation sur la perte, la fidélité et la reconstruction où la présence animale agit comme un contrepoint tendre et vital à la désolation humaine.
Une adaptation tout en retenue
Les réalisateurs Scott McGehee et David Siegel (connus pour What Maisie Knew) signent une œuvre à la fois pudique et sensorielle. Leur mise en scène épouse la lenteur du quotidien, la lumière des appartements new-yorkais, la texture d’une solitude habitée. Pas d’effet larmoyant ni de surjeu : tout repose sur les silences, les regards, les gestes qui trahissent le retour progressif à la vie.
La critique internationale a salué cette retenue. Certains y voient “un film qui préfère la pudeur à la démonstration” (The Guardian), d’autres louent “la justesse émotionnelle d’un récit qui laisse respirer la douleur” (Variety). On pourrait dire que The Friend choisit l’humilité du vrai : celle du deuil, où rien n’est spectaculaire, mais tout est bouleversant.
- Titre : The Friend
- Réalisation : Scott McGehee & David Siegel
- Scénario : adaptation du roman de Sigrid Nunez
- Avec : Naomi Watts, Bill Murray, Sarah Pidgeon, Ann Dowd, Bing (Apollo)
- Durée : 2h03
- Production : USA, 2024 / FR, 2025





©Bleecker Street Media
Le chien, présence et miroir
Le cœur du film repose sur le duo formé par Naomi Watts et le Grand Danois “Apollo” (incarné à l’écran par Bing, un chien immense au regard presque humain). Apollo n’est pas un simple catalyseur narratif : il est le centre émotionnel du film.
Son corps massif occupe l’espace, oblige la protagoniste à se réorganiser, à bouger, à sortir, à renouer avec le monde. Il ne parle pas, mais il incarne tout ce que le langage humain échoue à dire : la loyauté, la permanence, le chagrin muet. Cette présence canine devient une métaphore du soin : on ne combat pas la douleur, on cohabite avec elle, comme on apprend à vivre avec un chien dans un appartement trop petit et un cœur trop plein.
Ce que les chiens savent du deuil
Les chercheurs en psychologie du lien humain-animal ont depuis longtemps observé l’effet stabilisateur des chiens sur le stress émotionnel. Une étude de l’Université du Michigan (2021) a montré que le simple contact prolongé avec un chien réduit le taux de cortisol et augmente l’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Mais The Friend ne montre pas une “thérapie canine” : il illustre un compagnonnage silencieux. Apollo ne soigne pas. Il accompagne. Et dans ce geste, le film touche à quelque chose d’universel : le chien ne résout rien, mais il empêche de sombrer.
Naomi Watts, la douceur du réel
Naomi Watts signe ici l’une de ses performances les plus fines depuis 21 Grams : elle incarne une femme qui vacille, sans jamais tomber dans la complaisance du malheur. Son jeu est tout en demi-teintes; vulnérable, mais digne. Face à elle, Bill Murray, dans un rôle plus restreint mais profondément juste, apporte cette touche de cynisme tendre qu’on lui connaît : un humour discret, presque spectral.
Leur duo avant la disparition donne au film son ancrage émotionnel : le lien entre eux survit à travers le chien. Chaque scène entre Watts et Apollo devient alors une réplique différée de cette amitié perdue, une forme de prolongement affectif.
Le roman et son écho
Le film reste fidèle à l’esprit du livre de Sigrid Nunez, tout en simplifiant sa structure littéraire, dense et réflexive. Le roman, narré à la première personne, mêlait autobiographie, essai et introspection littéraire, évoquant Virginia Woolf, Rilke ou Kundera. L’adaptation, elle, épure le texte pour en extraire la chair émotionnelle.
Là où Nunez questionnait la vocation d’écrire et la solitude intellectuelle, le film se concentre sur la tendresse partagée entre deux êtres blessés. L’un humain, l’autre animal. Tous deux liés par un même besoin de comprendre la disparition.
Ce qu’en disent les critiques
The Atlantic souligne “un film de deuil sans pathos, où le chien devient le témoin d’un retour au monde”.
Le Monde y voit “une adaptation d’une grâce rare, qui filme la douleur sans la décorer”.
IndieWire insiste sur la dimension sensorielle : “Le son des pas du chien, la lumière du matin sur son poil, tout devient langage.”
Cette approche sensorielle est d’ailleurs ce qui relie The Friend à l’univers CinéDog : le regard posé sur le chien comme une présence politique, poétique et humaine à la fois.
Ce que The Friend nous enseigne
C’est un film sur la continuité. Sur le fait que la vie ne se referme pas après la perte, mais se redéploie différemment. Le chien devient ici l’architecte du deuil apaisé : il oblige à se lever, à parler à quelqu’un, à s’ancrer dans le réel.
Pour les amoureux des chiens, The Friend n’est pas une histoire triste. C’est une histoire honnête : celle de la présence silencieuse qui, parfois, sauve plus sûrement qu’un grand discours. C’est une ode à la patience, à la fidélité et à cette tendresse inconditionnelle que seuls les chiens semblent maîtriser.
À retenir
- Un film de deuil d’une grâce rare, sans mièvrerie.
- Une relation femme-chien filmée comme un poème sur la résilience.
Un hommage à la fidélité silencieuse, cette force tranquille que nos chiens connaissent mieux que nous.
Regard de Dogmom : Et après moi ?
Ce film m’a laissée avec une question simple, mais vertigineuse : et si c’était moi ? Et si, un jour, mon chien devait vivre sans moi ? Qui comprendrait son langage silencieux, ses petites manies, sa façon de poser la tête sur mon genou quand il veut dire “je t’aime” sans bruit ?
On pense souvent à ce qu’on laissera, des souvenirs, des objets, des photos. Mais nos chiens, eux, ne gardent rien : ils vivent dans la présence. Quand cette présence disparaît, ils attendent, longtemps, dans un espace que seul un cœur humain attentif peut combler.
The Friend parle aussi de ça, sans jamais le dire. De la responsabilité d’aimer un être qui dépend de nous, mais aussi de prévoir son monde après nous. À qui confier ce cœur battant qui nous suit depuis des années ? Qui saura traduire sa peur, ses habitudes, sa joie du matin ?
C’est une question inconfortable, mais belle : penser à la suite, ce n’est pas céder à l’angoisse, c’est honorer le lien.
Alors peut-être qu’après avoir vu The Friend, on rentre chez soi, on regarde son chien, et on se dit : “Je t’ai choisi pour t’aimer. Et je te dois de penser à toi, même quand je ne serai plus là.” Peu importe notre âge, … Ce film donne à y réfléchir avec douceur …

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AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE
Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram


