À hauteur de truffe, Stray d’Elizabeth Lo nous emmène dans les rues d’Istanbul, aux côtés de chiens errants, entre solitude, solidarité et poésie urbaine. Un film sans voix, mais qui dit tout sur notre humanité.



Le documentaire, une fenêtre sur l’essentiel
Le film documentaire n’est pas qu’un simple format : c’est un art de capter le réel avec sincérité, un moyen d’offrir une voix à ceux qui n’en ont pas. Il dépasse la fiction pour nous inviter à voir, ressentir, comprendre autrement. Stray, réalisé par Elizabeth Lo, s’inscrit dans cette lignée. En suivant la trajectoire de chiens errants dans les rues d’Istanbul, ce film sans voix off, avec très peu de dialogue, sans commentaire, nous immerge dans leur monde. Un monde souvent ignoré, mais profondément révélateur de notre humanité. Il nous invite à marcher à hauteur de truffe, à voir avec leurs yeux, à entendre avec leurs oreilles. Et ce que l’on découvre est bouleversant.
Présentation officielle
Titre : Stray
Réalisatrice : Elizabeth Lo
Année : 2020
Durée : 72 minutes
Pays : États-Unis / Turquie
Langues : Turc, arabe (sans narration, avec sous-titres)
Synopsis :
Stray suit Zeytin, une chienne errante au regard franc et à la démarche assurée, dans les rues d’Istanbul. À travers son quotidien fait de déambulations, de repos sur les trottoirs, de rencontres avec d’autres chiens et d’humains, le film propose une plongée sensible dans l’univers parallèle des chiens sans foyer. Ce choix radical de ne pas anthropomorphiser, de ne pas expliquer, de ne pas commenter, donne une force brute au récit. La caméra suit aussi Kartal, Nazar, et d’autres chiens, créant un chœur silencieux d’âmes libres mais vulnérables.
Ce quotidien canin croise celui d’un groupe de jeunes réfugiés syriens, eux aussi sans abri, sans repères. Ce parallèle, loin d’être fortuit, soulève une question profonde sur notre regard envers les laissés-pour-compte, qu’ils soient animaux ou humains.
Un mot sur la réalisatrice et le contexte de réalisation
Elizabeth Lo, réalisatrice américano-hongkongaise, est connue pour ses œuvres mêlant minimalisme narratif et regard social acéré. Avec Stray, elle signe son premier long-métrage documentaire. L’idée lui est venue après avoir appris que la Turquie était l’un des rares pays où la loi interdit l’euthanasie ou l’enfermement des chiens errants. Plutôt que d’exclure, la société turque tolère voire accueille ces chiens libres. Un paradoxe fascinant, dans un monde où l’on traque l’animal errant comme un problème à éradiquer.
Lo choisit un tournage immersif, caméra au ras du sol, souvent en longue focale, pour laisser les chiens décider du rythme et du chemin. Cette démarche éthique se double d’un regard politique : au fil des scènes, les chiens croisent de jeunes migrants syriens, eux aussi livrés à eux-mêmes. En les filmant côte à côte, Elizabeth Lo trace un parallèle douloureux mais juste : celui de deux formes d’existences invisibles, tolérées mais jamais pleinement acceptées.
Les récompenses et la réception critique
Stray a été sélectionné et salué dans de nombreux festivals internationaux :
Tribeca Film Festival (2020) – Mention spéciale du jury pour le meilleur documentaire
Hot Docs Canadian International Documentary Festival – Sélection officielle
Film Independent Spirit Awards (2021) – Nommé dans la catégorie « Best Documentary »
La critique a salué unanimement la beauté formelle du film et son approche silencieuse mais puissante.
Le New York Times parle d’un « poème visuel sur l’errance et la survie ». Variety évoque « un film hypnotique, aussi politique qu’artistique ». Le Monde, en France, souligne la tendresse du regard porté sur les chiens et la manière dont le film « interroge notre rapport à l’animal, à la rue, à la société ».
Mon avis : entre immersion, beauté et tristesse
J’ai adoré Stray, pour son parti pris fort, pour sa capacité à nous immerger totalement dans le quotidien de ces chiens errants, sans jamais chercher à nous expliquer quoi que ce soit. On regarde, on écoute, on ressent. Les plans sont superbes, au ras du bitume, les sons ambiants; tels que respirations, aboiements, bruits urbains qui enveloppent le spectateur. C’est un film sensoriel, viscéral.
Emotionnellement, j’en ressors pourtant mitigée. C’était beau, mais aussi profondément triste. On suit des chiens libres mais instables, confrontés chaque jour à la faim, aux bagarres pour un os, à l’indifférence ou à la tendresse furtive. Leur quotidien est imprévisible. Ils n’ont rien, et pourtant, ils semblent porteurs d’une forme de sagesse.
J’ai été particulièrement touchée par la solidarité qu’on observe : entre les chiens d’abord, mais aussi entre les chiens et certains humains. Une main tendue, une caresse volée, un peu de nourriture laissée au coin d’une ruelle… Même les véhicules s’arrêtent parfois pour les laisser passer. Ce sont les chiens de personne, mais parfois, on a le sentiment qu’ils sont les chiens de tous.
Une réflexion sur notre propre lien au chien
Ce film, au-delà de l’émotion, interroge profondément notre propre rapport au chien. J’ai été bouleversée par les contrastes : quand un chien errant croise un chien en laisse, choyé, nourri, aimé, on perçoit tout le poids de nos choix de société. L’un n’a rien, l’autre a tout mais au fond, qu’est-ce qui fait vraiment le bonheur d’un chien ?
Cela m’a ramenée à l’essentiel : la relation Dogmom-chien ne se mesure pas à la quantité de biens, de jouets, de croquettes haut de gamme, mais bien à la qualité du lien, des regards, de la confiance partagée. Stray nous rappelle que l’amour, la bienveillance, l’attention sont des actes simples, mais profonds. Et que parfois, les chiens errants nous enseignent mieux que quiconque ce qu’est l’authenticité.
Conclusion
Stray est un film à voir absolument. Pas seulement pour les amoureux des chiens, mais pour quiconque souhaite poser un regard sincère sur notre monde et sur ceux qu’on ne veut pas voir. Les chiens d’Istanbul nous accompagnent bien au-delà du générique de fin. Ils nous murmurent, sans aboyer, des vérités essentielles sur la liberté, la précarité, la solidarité… et l’humanité.
En bonus : Le compte Instagram de STRAY qui propose des photographies et informations sur le tournage.

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AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE
Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram


