L’imperfection au féminin : rituels avortés, carnets abandonnés, tensions passées… Et comment on apprend à faire la paix avec soi… sans se juger !
Il y a ces périodes où l’on s’impose mille résolutions. Ce carnet qu’on ouvre un lundi matin avec l’envie de s’y tenir. Ce rituel beauté qu’on débute avec ferveur. Cette nouvelle routine du matin avant le boulot yoga, eau citronnée, smoothie vert. Le genre de délire que tu as vu passer sur Insta en te laissant convaincre du « pourquoi pas » !
Et puis, les jours passent. L’énergie fléchit. Les pages restent blanches. Et vient le sentiment de ne pas être à la hauteur. Pire, de se sentir instable ou incapable d’être constante.
Cette sensation diffuse qu’on devrait mieux faire. Être plus constante. Plus organisée. Plus alignée. Comme si tout ce qui n’est pas parfaitement mené jusqu’au bout était un échec. Et si, au contraire, c’était déjà une forme de sagesse que d’avoir tenté, et de savoir lâcher ?

Je peux affirmer avec une totale sincérité que la seule constante qui frôle la perfection dans ma vie, c’est mon chien. Le soin que je lui accorde, l’attention, la patience et la régularité sans failles … Cependant, je ne suis pas que sa Dogmom, je suis aussi une femme… Niveau boulot, je gère mais pour le reste … Faut qu’on en parle, là, maintenant ! Parce qu’il est nécessaire d’arrêter de se culpabiliser …
IMPERFECTION ?
L’imperfection, d’un point de vue psychologique, renvoie à la reconnaissance de nos limites et à l’acceptation de soi. Carl Rogers, fondateur de l’approche centrée sur la personne, rappelait que l’authenticité se construit lorsque l’individu s’autorise à être tel qu’il est, sans masque ni idéalisation excessive. Or, dans une société marquée par l’idéal de performance et de contrôle, cette acceptation est souvent entravée. Les travaux de Brené Brown sur la vulnérabilité montrent ainsi que la peur du jugement pousse à cacher ses « failles », alors que ce sont elles qui nourrissent la connexion et l’humanité partagée.
Du côté sociologique, l’imperfection féminine est particulièrement scrutée : les analyses de Sandra Bartky ou de Naomi Wolf ont montré comment les normes de beauté, de minceur et d’auto-discipline pèsent sur les femmes plus que sur les hommes, produisant une « surveillance intériorisée » de soi. Parler d’imperfection au féminin, c’est donc mettre en lumière ce double enjeu : la nécessité psychologique de s’accepter comme inachevée, et la résistance sociale face à des normes qui valorisent une perfection impossible, voire aliénante.
Ces théories permettent aussi de comprendre pourquoi beaucoup de femmes se sentent dans l’obligation de se fixer en permanence de nouveaux objectifs et résolutions. Sous l’effet des normes sociales et culturelles, l’imperfection n’est pas perçue comme une donnée normale de l’existence, mais comme un manque à combler. En psychologie sociale, on parle d’« idéal du moi » (Freud) ou d’« idéal culturel » (Durkheim, repris par de nombreux sociologues) qui agissent comme des repères mais aussi comme des pressions : l’écart entre ce que l’on est et ce que l’on pense devoir être entretient un cycle de réajustement permanent. Ainsi, les résolutions de début d’année, les challenges personnels ou professionnels, ou encore la quête incessante d’amélioration de soi, peuvent s’interpréter non pas seulement comme une volonté de progresser, mais aussi comme une réponse à ce sentiment d’imperfection imposé de l’extérieur.
Ces moments où l’on s’impose des résolutions
Il y a des temps charnières dans nos vies : une rupture, un déménagement, un anniversaire qui approche, une rentrée… Autant de moments où l’on ressent le besoin de se réinventer. D’ouvrir un nouveau chapitre. C’est là qu’on décide de faire “mieux” ou autrement. Pour soi. Notamment, se reprendre en main. Pour se réparer ou tel un Pokemon pour passer au niveau supérieur de nos capacités !
On entame un régime, achète un bullet journal, se fait une playlist “morning vibes”. Encore, on s’organise des petits-déjeuners complets, riches en super-aliments, en ressortant le blender. On se lance dans une cure de sérums, de méditation, de bains de sel.
Et quand, trois semaines plus tard, on abandonne ce que l’on avait instauré avec soin, la culpabilité guette. On a l’impression d’avoir échoué. De ne pas être capable de tenir une résolution et donc indirectement, de se négliger. Mais est-ce vraiment un échec… ou juste un ajustement ? D’emblée, je vous dis, s’écouter c’est tout sauf se négliger… Admettre qu’on a essayé quelque chose qui ne nous correspond pas, c’est être honnête avec soi !
Ce que ces abandons disent de nous
Nos abandons ne sont pas des fautes (Exception faite de ce qui touche de près ou de loin aux chiens). Ce sont des messages. Ils disent que quelque chose ne convenait pas ou plus. Que le rythme était trop exigeant. Que la motivation n’était pas alignée avec un réel besoin.
Psychologiquement, ces élans vers la discipline ont souvent une fonction : ils nous aident à contenir l’anxiété, à remettre de l’ordre dans le chaos, à recréer une sensation de maîtrise. Mais ils deviennent douloureux si on les transforme en injonctions rigides.
L’inconstance n’est pas un défaut : c’est une réaction humaine qui peut aussi découler d’une mauvaise interprétation initiale du besoin…
Perfectionnisme, estime de soi et pression sociale
La pression sociale joue un rôle central dans la construction du perfectionnisme, en particulier chez les femmes. Selon les travaux de Paul Hewitt et Gordon Flett, le perfectionnisme n’est pas seulement une exigence personnelle, mais aussi une réponse intériorisée aux attentes extérieures : on distingue le perfectionnisme auto-prescrit (vouloir répondre à ses propres standards) et le perfectionnisme socialement prescrit (vouloir satisfaire les attentes perçues des autres). Ce dernier est fortement alimenté par les normes genrées : comme l’ont montré les analyses de Naomi Wolf (The Beauty Myth) ou de Sandra Bartky, les femmes sont encouragées à se surveiller constamment, que ce soit dans leur apparence, leur rôle de mère, ou leur performance au travail.
Le sociologue Erving Goffman a même parlé de « mise en scène de soi », où chaque individu tente de contrôler l’impression qu’il donne aux autres. Dans ce cadre, l’imperfection devient une menace à dissimuler, car elle contredit le rôle social attendu. Cette pression mène alors à une quête de perfectionnisme qui, loin d’être une simple motivation positive, peut générer anxiété, épuisement, voire sentiment d’échec chronique, renforçant le cercle vicieux d’une exigence impossible à atteindre.
Ainsi, le perfectionnisme touche beaucoup de femmes, souvent éduquées à bien faire, à bien paraître, à tout gérer. Ce trait de personnalité peut générer un haut niveau d’exigence interne, doublé d’une peur d’échouer ou d’être jugée.
Or, dans une société où l’esthétique du bien-être est devenue la norme, ne pas suivre une routine “saine” devient un motif de culpabilité. Il ne suffit plus d’aller bien. Il faut le montrer. Le chronométrer. L’optimiser. Et chaque écart est vécu comme un affaissement de la valeur personnelle.
Accepter de ne pas finir
Un carnet à moitié rempli raconte déjà une période de ta vie. Je décide en mon âme et conscience de le laisser dans un tiroir. Je me donne le droit d’y revenir un jour, ou pas ! Si et seulement si, le besoin se fait sentir !
Un rituel arrêté a peut-être rempli sa mission, même brièvement. Parfois, je me dis que c’est mon corps qui me signale qu’il n’a pas besoin que je me badigeonne avec plusieurs couches, … Une seule, efficace lui suffit … Il me dit, donne ton temps à autre chose que 40 minutes sur un soin de la peau tous les soirs !
Un régime oublié n’efface pas la bienveillance que tu peux porter à ton corps aujourd’hui. Rome n’a pas été construite en un jour, … Souvent on crie panique pour la prise de quelques kilos. Finalement pourquoi? Est-ce qu’il nous dérange vraiment à nous ces trois kilos ?… Ou bien est-ce la vision de nous, idéalisée par la société qui s’avère dérangée ? J’ai décidé de relativiser, …
S’autoriser à ne pas finir, c’est apprendre à se respecter davantage. C’est comprendre que la régularité parfaite ne fait pas la réussite. C’est faire la paix avec le mouvement naturel de la vie, ses cycles, ses élans, ses replis. Parce qu’il y a des moments dans la vie, où ce dont on a besoin c’est de tolérance et temps. Non pas de l’auto discipline ou de l’urgence à faire sous contrainte… Juste le droit de reculer, de mettre en pause sans se culpabiliser.
Être une femme imparfaite, c’est être humaine
On nous a tant appris à être des femmes “qui gèrent”. Qui prévoient. …anticipent… tiennent bon. Mais gérer, ce n’est pas s’oublier. Et tenir bon ne veut pas dire s’y tenir à tout prix. Il y a de la puissance dans l’abandon. De la lucidité dans le renoncement. De l’élégance dans l’imperfection.
L’imperfection porte en elle une symbolique forte : loin d’être une faiblesse, elle est ce qui nous définit et nous distingue les unes des autres. Les approches humanistes, notamment celle de Carl Rogers, insistent sur le fait que l’acceptation inconditionnelle de soi est une condition essentielle de l’épanouissement personnel. Jung, de son côté, rappelait que c’est dans l’intégration de nos « parts d’ombre » que nous trouvons un équilibre psychique authentique. Autrement dit, nos aspérités, nos incohérences ou nos limites ne sont pas des entraves, mais des marqueurs de singularité.
Dans un monde qui pousse à l’uniformisation, accepter son imperfection, c’est se réapproprier sa liberté d’être soi, sans se réduire à une norme. C’est aussi une manière de valoriser la diversité humaine : nos différences, nos fragilités et nos parcours singuliers deviennent des ressources relationnelles, car elles ouvrent à l’empathie et à la solidarité. Loin de nous diminuer, l’imperfection est ce qui nous relie et ce qui fait notre richesse.
En conclusion : on n’est pas là pour performer, mais pour vivre
Et vivre, c’est parfois entamer sans finir, essayer sans poursuivre, rêver sans concrétiser. C’est faire place au mouvement, à la souplesse, à l’intuition. Alors non, tu n’es pas “nulle” parce que tu n’as pas rempli ton carnet de gratitude. Tu n’es pas “instable” parce que tu as arrêté le yoga après trois séances. Tu es en train d’exister selon tes besoins et tes envies. Et c’est déjà énorme.

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AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE
Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram


