Introspections - Société

Petfriendly, No Kids : Quand la société jongle avec ses tolérances et ses interdits

Petfriendly, No Kids : Quand la société jongle avec ses tolérances et ses interdits Je me suis promenée dans une GRANDE ville … Surprise ! Dans un café, une affiche indique « dogs welcome ». Un peu plus loin, une boutique de vêtement propose un DogBar sur la deventure … Mais, à deux rues de là, un restaurant est connu pour sa politique « no children ». Ou dirons-nous les tables espaces inconfortables où on parque les familles…

Sur une plage, les chiens ont désormais des espaces réservés, pendant qu’ailleurs, des parents se font reprendre parce que leur enfant crie un peu trop fort. Cette coexistence paradoxale, plus d’inclusion pour les chiens, plus de restrictions pour les enfants, interroge. Comment en est-on arrivés à ces contrastes ? Et surtout, que disent-ils de notre société ?

Bon à savoir

“Petfriendly” ?

Le terme petfriendly vient de l’anglais et signifie littéralement « ami des animaux ». Dans le secteur du tourisme et de la restauration, cela désigne les lieux où chiens (et parfois chats) sont autorisés et accueillis avec bienveillance.

Concrètement, un hôtel petfriendly ne se contente pas de tolérer les animaux : il peut proposer des services adaptés (gamelles, couchages, informations sur les promenades alentours, voire menus spécifiques).

Le mouvement s’est développé dans les années 1990-2000, principalement aux États-Unis, avant de s’imposer en Europe avec l’essor du marché du “pet care”. Aujourd’hui, c’est aussi un argument marketing : on séduit une clientèle attachée à son animal de compagnie.

“No kids” ?

À l’inverse, l’expression no kids (ou childfree) désigne des espaces réservés aux adultes, sans enfants admis. Cela concerne aussi bien certains hôtels, restaurants, vols long-courrier, que des zones de loisirs.

L’origine de ce courant vient des années 2000, avec l’essor des communautés childfree revendiquant une vie sans enfant, par choix ou conviction. Le but affiché de ces lieux : proposer du calme et du repos sans les cris ou pleurs jugés perturbants. Notons que le point de départ de cette mouvance semble attribuée à la Corée… Depuis, il gagne l’Europe, avec une forte représentation en Espagne.

En France, ces établissements, bien que rares, ont fait l’objet de polémiques récentes : plusieurs associations et responsables politiques dénoncent une forme de discrimination.

Le statut de l’enfant : de la sacralisation à la contestation

Historiquement, l’enfant a longtemps été perçu comme un « bien commun ». Dans la France d’après-guerre, il représentait l’avenir de la nation. La famille nombreuse était valorisée, et la présence des enfants était rarement remise en question dans l’espace public.

Mais depuis les années 1980-2000, les choses changent. Le taux de natalité baisse, les familles sont plus petites, et certains choisissent de ne pas avoir d’enfant du tout (childfree). Voire, préfère avoir un chien !
Parallèlement, un discours critique émerge : les parents seraient trop laxistes, les enfants trop bruyants, « mal élevés ». Les cafés et hôtels « no child » se multiplient, répondant à une clientèle qui associe confort et absence de perturbation.

Ce changement traduit une mutation sociale : l’enfant n’est plus sacralisé par défaut. Il reste central dans la sphère familiale, mais il est de plus en plus contesté dans la sphère publique.

Historiquement… Dans les années 1950-60, la figure de « l’enfant roi » s’impose : on l’écoute, on le valorise, on construit même la consommation autour de lui (jouets, produits alimentaires dédiés, émissions TV). Aujourd’hui, ce modèle est remis en cause : on attend des enfants qu’ils s’adaptent aux adultes, et non l’inverse.

Le statut du chien : d’animal domestique à membre de la famille

Pendant que le statut de l’enfant se banalise, celui du chien évolue dans l’autre sens. Il y a encore 50 ans, le chien était surtout utilitaire : gardien, chasseur, outil de travail. Aujourd’hui, il est devenu un compagnon de vie, parfois considéré comme « l’enfant à quatre pattes ».

Selon la FACCO (2024), plus d’un foyer français sur deux vit avec un animal de compagnie. Les dépenses pour leur bien-être explosent (alimentation premium, jouets, assurances santé). De plus en plus de lieux deviennent dog-friendly : hôtels, cafés, transports, plages.

Autrement dit, l’animal bénéficie d’une inclusion sociale croissante, à mesure que l’enfant, lui, perd son intouchabilité symbolique.

Le saviez-vous ? En Europe, le marché du « pet care » représente plus de 30 milliards d’euros par an. C’est un secteur en croissance constante, contrairement à celui des jouets pour enfants qui stagne.

Pourquoi ces contrastes ?

On pourrait croire à une contradiction. Mais en réalité, ces tendances répondent à la même logique : la quête de confort et de contrôle. On prône de plus en plus le bien-être, le ressourcement, la capacité à rester centrer sur soi-même…

  • L’enfant est vu comme bruyant, imprévisible, générateur de « désordre ».
  • Le chien, lui, est perçu comme affectueux, silencieux (s’il est bien éduqué, sans quoi, il rejoint le môme au parking), malléable.

Or, notre société valorise le calme, la maîtrise de l’espace, le respect de l’individu et de sa bulle personnelle. Dans ce contexte, un chien docile semble plus acceptable qu’un enfant qui pleure dans un avion. Cet exemple est dans l’air du temps… Alors que de nombreuses compagnies commencent à envisager le voyage des chiens en cabine, d’autres, a contrario, organisent des vols NO KIDS.

En psychologie, cela signifie… On parle d’intolérance à la frustration : la capacité à supporter l’imprévu ou l’inconfort diminue dans les sociétés modernes où l’individualisme domine. Le moindre « dérangement » (bruit, agitation, odeur) est perçu comme une atteinte à son bien-être personnel.

Le paradoxe d’une société qui « n’accepte plus rien »

Ces interdits, qu’ils visent les enfants ou les chiens, révèlent aussi une société qui peine à composer avec la différence. Bruits, odeurs, salissures, imprévus : autant d’éléments qui rappellent que la vie commune suppose de la tolérance.
Pourtant, au lieu de cultiver cette tolérance, la tendance actuelle est de segmenter les espaces : cafés childfree, restaurants dogfriendly, zones interdites, zones réservées…

Historiquement, cette segmentation s’accentue avec la montée de l’urbanisation. Plus les espaces sont partagés et contraints, plus on cherche à « réguler » qui y a accès.

Bon à savoir: Dans les métropoles, plus de 60 % des habitants déclarent ressentir du stress lié à la promiscuité (source : Eurobaromètre 2023). C’est ce « trop plein social » qui alimente le besoin de créer des espaces sélectifs (sans enfants, sans chiens, sans bruit, etc.).

Un miroir de nos choix de société

Le parallèle entre enfants et chiens peut sembler provocateur, mais il est révélateur. Dans les deux cas, il s’agit de vivants dépendants de nous, qui ne maîtrisent pas totalement leurs comportements.
La manière dont nous les acceptons (ou rejetons) en dit long sur nos valeurs collectives.

Acceptons-nous encore l’idée que vivre ensemble suppose du bruit, de la gêne, des imprévus ? Ou préférons-nous une société compartimentée, où chacun vit dans une bulle « idéale » débarrassée de ce qui dérange ?

La question est moins de savoir si l’on préfère les chiens aux enfants, que de comprendre pourquoi nous avons de plus en plus de mal à cohabiter avec l’autre, quel qu’il soit.

Quelles réponses possibles ?

C’est là qu’on en vient à mon deuxième épisode… J’ai pris un café en terrasse, à l’esplanade, vue sur mer, avec Queeny. Beaucoup de jeunes actifs, de retraités et peu de familles ou enfants… Jusqu’à ce que mon regard croise celui d’une petite fille qui gigotait sur sa chaise, juste à côté de moi … Telle une anguille, avec toute l’impatience, charmante, que l’on peut avoir à 6-7 ans de découvrir le monde. Elle parlait fort en demandant à plusieurs reprises « on y va quand »… J’ai perçu les chuchotements en leur direction, j’ai vu les regards alentours, accusateurs et forts des jugements XXL… En traduction ça semblait dire « petite mal élevée » La maman semblait gênée et fatiguée, il y avait aussi un plus petit en poussette. Devant elle, un petit plaisir sucré qu’on venait à peine de lui apporter… La petite avait déjà terminé son mini cornet. Evidemment, une crêpe cela nécessite plus de temps …

J’avais mal au cœur parce que cette situation faisait écho à ce que j’ai pu ressentir en certains lieux avec mon chien. Elle semblait juste vouloir profiter de l’été à l’extérieur, au frais avec ses enfants, manger une crêpe avec une boule de glace…. Du coup, étant à côté, j’ai proposé que la petite nous tienne compagnie en faisant connaissance avec Queeny… Je connais mon chien et sa capacité exceptionnelle à captiver et apaiser les enfants ! La petite a été adorable, douce avec Queeny, et intéressée par les chiens … Elle m’a posé des questions: son âge, ce qu’elle mange, si elle va à l’école … Un bref moment, cette maman a reçu un soutien … Faire quelque chose de bien, être solidaire, croyez moi, ça fait vraiment plaisir !

Du coup ?

Je crois donc qu’il nous faut apprendre à tolérer le bruit, la gêne minimale et l’imprévu. Aussi, lorsque nous évoluons avec un chien, nous connaissons le malaise de la stigmatisation. Voire, le sentiment d’être de trop. Certes, les choses changent lentement mais positivement pour nous… Evidemment, cela reste fragile… Cependant, j’encourage à plaider pour une société où la cohabitation suppose des ajustements collectifs, pas des exclusions. Nous pouvons montrer l’exemple de la tolérance par notre solidarité. Finalement, les petites filles d’aujourd’hui, ne sont-elles pas les Dogmoms de demain?

Cela étant, avant de repartir… Comme la petite ne savait pas trop statuer, entre princesse et star académie, pour son projet d’avenir et que Madame Borne a dit qu’il fallait orienter tôt … Donc, j’ai peut-être implicitement insufflé que vétérinaire était un magnifique métier … Quoi ? On en a jamais suffisamment des bons vétos … Il faut recruter précoce, si on ne veut pas vivre la même problématique que le désert médical humain !

Conclusion

Entre l’enfant qui crie et le chien qui aboie, il y a peut-être moins de différences qu’on ne le croit. Tous deux rappellent que la vie est faite de spontanéité et d’imperfection. Plutôt que de multiplier les interdits, peut-être faut-il réapprendre à composer avec eux, à accepter un peu d’imprévu dans nos vies. Car au fond, ce n’est pas du bruit ou du désordre qu’il s’agit, mais bien de notre capacité collective à tolérer la présence de l’autre.

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Crédit photo : Georges Petkidis

AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE

Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram

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