Un grand chiot reste un chiot : respecter son rythme malgré son gabarit devrait sembler évident. Pourtant, la taille physique influence rapidement le regard que nous portons sur un jeune chien. Plus son corps grandit, plus nous pouvons être tentés d’attendre de lui des comportements qui ne correspondent pas encore à son âge.
Bowie pèse aujourd’hui 23 kilos à seulement cinq mois. Depuis plusieurs semaines, les personnes que nous croisons s’étonnent régulièrement lorsqu’elles découvrent son âge. « Il n’a que quatre mois ? », puis « Il n’a que cinq mois ? » Son gabarit donne déjà l’impression d’un chien beaucoup plus avancé dans son développement. Pourtant, quelques kilos supplémentaires ne font pas disparaître les besoins d’un chiot.
Je remarque aussi que certaines rencontres ont changé depuis son arrivée. Lorsque je me promenais seule avec Queeny, des personnes accompagnées de petits chiens venaient facilement nous dire bonjour. Désormais, elles nous saluent parfois de loin. Certaines rattachent leur chien lorsqu’elles aperçoivent Bowie et me font remarquer qu’il deviendra très grand. Leur prudence peut se comprendre face à une différence de gabarit importante. Toutefois, elle montre aussi que Bowie n’est plus toujours perçu comme le bébé chien qu’il est encore.
Il suffit pourtant de l’observer dans notre quotidien pour retrouver le chiot derrière ses 23 kilos. Bowie reste maladroit, pataud et parfois rapidement fatigué. En promenade, il peut encore se coucher au milieu du chemin parce qu’il a besoin de récupérer. Lorsqu’il se cogne, il revient vers moi tout penaud pour chercher du réconfort.
La perte de sa dernière dent de lait m’a particulièrement rappelé cette réalité. Jusqu’alors, Bowie semblait à peine remarquer que ses dents tombaient. Cette fois, il s’est retrouvé complètement déstabilisé. Il me regardait sans comprendre ce qui lui arrivait et venait chercher des câlins. Son grand corps n’a rien changé à son inquiétude ni à son besoin d’être rassuré.
La taille ne constitue donc pas un indicateur fiable de maturité émotionnelle. Un chiot de grand gabarit découvre le monde, traverse ses premières expériences et construit encore ses apprentissages. Ses hésitations, son excitation ou sa maladresse prennent simplement davantage de place. Elles deviennent plus visibles et peuvent paraître moins acceptables que chez un chiot que nous pourrions encore porter dans nos bras.
Respecter son rythme ne signifie pas tout autoriser sous prétexte de son jeune âge. Il s’agit plutôt d’ajuster nos attentes à ses capacités réelles, tout en poursuivant son éducation et en protégeant sa croissance. Entre le regard du public, les précautions physiques et l’adolescence qui se prépare, plusieurs dimensions doivent être prises en compte. Son apparence ne doit jamais nous faire oublier l’essentiel : il a encore beaucoup à apprendre, mais il a le droit de l’apprendre comme un bébé chien.
La maturité d’un chiot ne se mesure pas en kilos
À cinq mois, les 23 kilos de Bowie occupent déjà une certaine place dans l’espace. Lorsqu’il se déplace, s’arrête ou manifeste une émotion, son comportement devient forcément plus visible que celui d’un chiot de trois ou quatre kilos. Pourtant, son poids ne nous renseigne pas sur tout ce qu’il est encore en train de construire.
La croissance du chien ne suit pas une ligne unique et parfaitement régulière. L’apparence physique, le développement du squelette, la maturité sexuelle et l’évolution comportementale ne s’achèvent pas au même moment. Un chiot peut ainsi présenter une silhouette impressionnante tout en conservant un organisme en pleine croissance. Ses réactions restent également celles d’un jeune animal.
Les recherches consacrées aux cartilages de croissance ont mis en évidence des différences entre les chiens de petit et de grand gabarit. Une étude comparant des Dogues allemands et des Caniches nains a montré que la croissance osseuse ne suivait pas le même rythme chez ces deux modèles. Un grand chiot ne devient donc pas un petit adulte simplement parce que son corps prend rapidement du volume.



Bowie a 4 mois, à 5 mois et à 6 mois … Un grand chien, on a le sentiment qu’il pousse comme un champignon…
Une maturité émotionnelle encore en construction
La maturité émotionnelle se développe, elle aussi, avec le temps et les expériences. Bowie apprend encore à interpréter les bruits, les mouvements, les rencontres et les sensations produites par son propre corps. Des événements ordinaires pour un chien adulte peuvent provoquer chez lui de l’inquiétude, de l’excitation ou un besoin de réassurance.
Ses apprentissages restent également en cours. Une règle comprise dans la maison ne sera pas forcément appliquée immédiatement dans un nouvel environnement. Une situation vécue sereinement un jour pourra lui demander davantage d’efforts le lendemain. Son gabarit ne lui apporte ni une compréhension immédiate de nos attentes ni une meilleure maîtrise de ses émotions.
Respecter son rythme consiste donc à tenir ensemble deux réalités. Bowie devient physiquement capable de prendre davantage de place et de force. Pourtant, il reste dépendant de nos repères sur le plan émotionnel. Nous devons encadrer son comportement sans oublier son âge. Il faut poursuivre ses apprentissages sans exiger une maturité qu’il ne possède pas encore.
Quand le gabarit modifie le regard porté sur le chiot
La taille d’un chiot influence inévitablement la manière dont les autres interprètent son comportement. Une hésitation, un mouvement maladroit ou un élan d’enthousiasme ne produisent pas la même impression chez tous les chiots. Le comportement paraît plus impressionnant lorsque le jeune chien pèse déjà vingt-trois kilos. Pourtant, l’intention peut être identique. Dans les deux cas, il s’agit d’un chiot qui découvre son environnement et apprend à maîtriser ses mouvements.
Dans l’espace public, un chiot suscite généralement un attendrissement presque immédiat. Les personnes sourient, s’approchent et s’exclament volontiers qu’il est mignon. Lorsque Queeny était petite, je retrouvais souvent cette réaction. Beaucoup de gens avaient envie de venir la voir ou de la caresser. Bien entendu, toutes les interactions ne sont pas forcément souhaitables. Un chiot doit toujours pouvoir conserver sa distance. Cependant, les personnes voyaient d’abord en elle un bébé chien.
Avec Bowie, les réactions sont différentes. Les gens remarquent qu’il est beau, mais ils ajoutent souvent qu’il est impressionnant ou qu’il deviendra très grand. Le vocabulaire lui-même change. L’attendrissement laisse davantage de place à l’admiration, parfois accompagnée d’une certaine appréhension. Pourtant, derrière ses 23 kilos et sa silhouette déjà imposante, Bowie reste exactement ce qu’il est : un chiot de cinq mois.
Cette différence ne se retrouve toutefois pas chez toutes les personnes que nous croisons. Celles qui vivent avec de grands chiens semblent reconnaître plus facilement le chiot derrière son gabarit. Il en va de même pour les personnes habituées à les côtoyer. Elles vont plus spontanément vers Bowie et manifestent le même attendrissement qu’avec Queeny lorsqu’elle était petite. Elles savent probablement qu’un grand corps peut encore abriter un jeune chien sensible, maladroit et en plein apprentissage.
Quand la prudence prend le pas sur l’attendrissement
La réserve apparaît plus souvent chez les personnes qui vivent avec un petit chien. Elle se retrouve aussi chez celles qui connaissent peu les chiens de grand gabarit. Certaines restent à distance, rappellent leur compagnon ou préfèrent simplement nous saluer de loin. Cette prudence peut se comprendre. Un mouvement brusque ou une invitation au jeu n’auront pas les mêmes conséquences selon la différence de poids entre les deux animaux. Une silhouette presque adulte peut également impressionner une personne peu habituée aux grands chiens.
De mon côté, je connais toute la douceur qui se cache derrière ce gabarit. Je vois le gros bébé encore pataud qui vient chercher du réconfort lorsqu’il se cogne. Je connais aussi celui qui s’inquiète lorsqu’il perd une dent et qui découvre progressivement le monde. C’est pourquoi je trouve parfois cette différence de regard un peu injuste. Elle ne me fait pas de peine à proprement parler. J’aimerais simplement que les personnes puissent dépasser leur première impression et découvrir à quel point Bowie est gentil.
Il ne s’agit évidemment pas de reprocher aux autres leur prudence ni de forcer les rencontres. Chacun doit pouvoir préserver son propre chien et respecter ses éventuelles appréhensions. Néanmoins, ce recul montre à quel point le gabarit transforme la perception d’un chiot avant même le début d’une interaction. Le grand chiot peut alors être privé de rencontres positives accordées plus spontanément à un chiot de petite taille.


Un grand chiot a-t-il besoin d’une éducation plus ferme ?
Lorsque je rencontre des personnes avec Bowie, une remarque revient régulièrement : « Avec un chien comme ça, il faut une éducation ferme. » Cette phrase révèle une autre conséquence de son gabarit. Dans l’imaginaire collectif, l’éducation d’un grand chien ne pourrait pas être identique à celle d’un petit. Sa taille et sa force futures appelleraient nécessairement davantage d’autorité.
Le terme « fermeté » reste pourtant ambigu. S’il désigne un cadre compréhensible, des règles cohérentes et des apprentissages entretenus dans la durée, il peut s’appliquer à tous les chiens. En revanche, son utilisation devient problématique lorsqu’il implique davantage de dureté ou de contrainte. Un chiot sensible ne comprend pas mieux parce que la voix se fait plus forte ou que la réponse humaine devient plus sévère.
Anticiper sans durcir l’éducation
La future puissance d’un grand chien demande bien d’anticiper certains apprentissages. Bowie doit progressivement apprendre à ne pas sauter, à contrôler ses élans et à marcher calmement. Il doit aussi respecter l’espace des humains et celui des autres chiens. Les conséquences d’un mouvement maladroit ne seront pas les mêmes avec un chien de trente ou quarante kilos. Cette réalité justifie une éducation précoce et cohérente, mais pas une éducation plus dure.
Les travaux d’Arhant et de ses collègues ont montré que la taille du chien pouvait influencer les interactions avec son humain. Ils ont notamment étudié la cohérence éducative et les réactions à certains comportements. Le gabarit participe donc aux attentes que nous projetons sur le chien. Nous risquons d’exiger plus rapidement une maîtrise parfaite de la part d’un grand chiot. Parfois, nous associons aussi cette exigence à une autorité plus marquée.
Personnellement, je n’établis pas de distinction entre Bowie et Queeny sur ce point. J’éduque Bowie selon les mêmes principes que ceux qui ont accompagné Queeny : la patience, des règles stables et de la répétition. Je reste également attentive à ce qu’il est capable de comprendre à son âge. Naturellement, les apprentissages s’adaptent à sa personnalité et à son évolution. Son gabarit ne change pas la nature de l’éducation que je souhaite lui offrir.
Respecter son jeune âge ne consiste pas à tout lui permettre. Je lui enseigne les comportements dont il aura besoin une fois adulte. Cependant, je n’oublie pas qu’il est encore en train de les découvrir. Bowie doit apprendre à évoluer calmement parmi les autres. Il a aussi besoin de patience, d’expériences positives et de sécurité. Sa taille peut imposer davantage d’anticipation, jamais moins de douceur.
Protéger la croissance du chiot de grand gabarit
Chez un chiot de grand gabarit, la croissance est particulièrement visible. Le corps change rapidement, le poids augmente et les mouvements gagnent peu à peu en assurance. Pourtant, le squelette et les articulations poursuivent leur développement alors que le chien paraît déjà grand. Son apparence physique peut ainsi donner une impression trompeuse de solidité.
Protéger cette croissance ne signifie pas empêcher le chiot de bouger. L’activité physique participe au développement de sa musculature, de sa coordination et de ses capacités motrices. En revanche, tous les efforts ne se valent pas. Les mouvements librement choisis, les promenades adaptées et l’exploration à son rythme offrent une activité intéressante. Ils ne sollicitent pas le corps comme des sauts répétés, des changements de direction brusques ou un effort prolongé malgré la fatigue.
Une étude a suivi 501 chiens appartenant à quatre races de grand gabarit. Les chercheurs ont observé une association entre l’utilisation d’escaliers durant les trois premiers mois et un risque plus élevé de dysplasie de la hanche. À l’inverse, l’exercice libre sur des sols souples et des terrains modérément irréguliers était associé à un risque plus faible. Ces résultats ne permettent pas d’établir une règle universelle pour tous les chiots. Ils rappellent cependant que la nature de l’activité compte autant que sa durée.
Adapter l’activité au chiot plutôt qu’à une formule
Pour Bowie, je suis les recommandations données par mon vétérinaire. Elles rejoignent celles que j’avais reçues de son éleveuse. J’adapte la durée de ses promenades à son âge, mais j’observe surtout son comportement. Lorsqu’il ralentit ou se couche au milieu du chemin, je ne considère pas qu’il fait un caprice. Son corps m’indique simplement qu’il a besoin de récupérer.
Il n’existe pas une durée de promenade idéale qui conviendrait automatiquement à tous les chiots du même âge. La race, la croissance, l’état de santé, le terrain, l’intensité et la fatigue du jour entrent également en compte. Une promenade calme consacrée au reniflage ne représente pas le même effort qu’une succession de courses et de jeux. Il me semble donc plus pertinent de suivre les conseils de professionnels qui connaissent le chiot. L’observation de ses propres signaux reste tout aussi importante.
À la maison, Bowie ne rencontre pas d’escaliers au quotidien. J’évite également de l’inciter à sauter, notamment pendant les jeux de balle. Je fais rouler celle-ci au sol afin qu’il puisse trottiner pour la récupérer. Ainsi, il n’a pas à bondir ni à effectuer une réception brutale. Les séances restent très courtes. Quelques lancers suffisent avant de ranger la balle et de passer à autre chose.
Ces précautions ne visent pas à placer Bowie sous cloche. Elles lui permettent de jouer, de se dépenser et de découvrir ses capacités. En parallèle, elles évitent de lui demander des efforts inadaptés à son développement. Respecter le rythme d’un grand chiot, c’est aussi se souvenir que son corps impressionnant reste un corps en construction.




Une apparence adulte, des apprentissages encore en construction
Un chiot peut connaître une croissance physique spectaculaire sans atteindre au même rythme sa maturité comportementale. Chez un chien de grand gabarit, ce décalage devient particulièrement visible. La silhouette s’allonge, le poids augmente et la force se développe. Pendant ce temps, la capacité à gérer la frustration ou à maintenir son attention continue de se construire. Le contrôle des réactions demande également du temps.
La puberté ne marque d’ailleurs pas une entrée immédiate dans l’âge adulte. La maturité sexuelle, la maturité sociale et la maturité comportementale ne se confondent pas. Leur calendrier varie aussi selon les individus et les races. Un chien peut donc posséder un corps presque adulte tout en poursuivant son développement émotionnel et relationnel.
L’adolescence canine peut s’accompagner d’une diminution temporaire de la disponibilité ou de la réponse à des consignes connues. Une étude publiée en 2020 a observé une baisse passagère de la réceptivité envers l’humain au moment de la puberté. Le chien n’a pas nécessairement oublié ce qu’il avait appris. Il peut simplement éprouver plus de difficultés à mobiliser ses acquis dans un environnement stimulant. Des émotions plus intenses peuvent aussi diminuer sa disponibilité.
Construire des repères avant l’adolescence
Je ne sais pas encore comment se déroulera l’adolescence de Bowie. Queeny a traversé cette période de façon particulièrement calme. Quelques ajustements ont été nécessaires, mais je n’ai pas connu de bouleversement majeur. Bowie est un autre individu, avec son propre tempérament. Son évolution ne suivra donc pas forcément le même chemin.
C’est précisément pour cette raison que je travaille dès maintenant les comportements essentiels dans notre quotidien. Se poser, attendre, marcher calmement ou renoncer à solliciter Queeny font progressivement partie de ses habitudes. Il apprend aussi à rester près de moi pendant une discussion. Mon objectif n’est pas d’obtenir un chiot parfaitement obéissant ni de prévenir toute difficulté future. Je cherche à lui donner des repères familiers sur lesquels nous pourrons nous appuyer plus tard.
Des acquis à entretenir plutôt que des garanties
Un apprentissage acquis à cinq mois ne reste pas automatiquement figé pour toute la vie. Il doit être entretenu, adapté à de nouveaux contextes et parfois repris depuis une étape plus simple. Pendant l’adolescence, Bowie pourra sembler moins disponible ou avoir davantage envie d’explorer. Dans ces moments-là, je devrai peut-être réduire mes attentes. Il faudra aussi renforcer certains comportements et l’aider à retrouver ce qu’il savait faire auparavant.
Poser ces bases dès l’enfance ne garantit pas que l’adolescence passera inaperçue. Cependant, un comportement régulièrement vécu peut devenir un point de repère auquel revenir. Si Bowie traverse une phase plus mouvementée, j’espère pouvoir lui rappeler calmement ce que nous avons construit ensemble. Cette approche me semble plus juste que d’interpréter ses difficultés comme de la provocation.
Cette perspective invite à porter un autre regard sur le jeune chien. Lorsqu’un grand adolescent tire de nouveau sur sa laisse ou répond moins bien à une consigne, son comportement peut impressionner. Il peut aussi s’enthousiasmer trop vite. Pourtant, ces réactions ne traduisent pas forcément un manque d’éducation ou une volonté de défier son humain. Elles rappellent surtout que la maturité se construit progressivement. Un grand corps peut encore avoir besoin d’un accompagnement de jeune chien.
Ajuster ses attentes sans tout permettre
Respecter le rythme d’un chiot de grand gabarit ne signifie pas renoncer à son éducation. L’enjeu consiste à lui demander ce qu’il est réellement capable de faire à son âge. Le contexte doit également être pris en compte. Ensuite, les attentes pourront évoluer progressivement.
Bowie apprend déjà les règles qui structureront sa vie d’adulte. Il doit pouvoir marcher sans solliciter constamment Queeny et rester calme lorsque nous croisons quelqu’un. Il apprend également à laisser suffisamment de place aux joggeurs ou aux cyclistes. Ces apprentissages sont importants puisqu’il deviendra un chien puissant. Néanmoins, je ne peux pas attendre de lui la constance d’un chien adulte expérimenté.
Son comportement dépend encore de son état de fatigue, de l’environnement et de la difficulté de la situation. Une consigne comprise à la maison peut devenir plus compliquée dans un lieu inconnu ou très stimulant. De même, un chiot fatigué peut se montrer plus agité, moins attentif ou plus facilement débordé. Avant de conclure qu’il refuse d’obéir, il faut se demander s’il possède les ressources nécessaires pour répondre à notre demande.
Accompagner le comportement attendu
Lorsque Bowie rencontre une difficulté, mon rôle consiste d’abord à l’aider à réussir. Je peux augmenter la distance avec ce qui l’impressionne ou raccourcir la durée d’un exercice. Je peux aussi lui proposer une consigne qu’il connaît mieux. Cette adaptation ne réduit pas l’exigence éducative. Au contraire, elle permet de construire l’apprentissage sans placer le chiot dans une situation qu’il ne peut pas encore gérer.
Cette progressivité se retrouve dans notre quotidien. Au début, les discussions avec une personne rencontrée en promenade restaient très courtes. Bowie était récompensé lorsqu’il parvenait à attendre calmement près de moi. Ensuite, j’ai allongé la durée. Aujourd’hui, il peut rester posé pendant une conversation de dix à quinze minutes. Cette capacité ne lui a pas été demandée du jour au lendemain.
J’ai suivi la même progression face aux vélos et aux joggeurs. L’observation a commencé à distance, avant de permettre des croisements plus proches et plus sereins. Sur les chemins étroits, je continue néanmoins à placer Bowie sur le côté. Je le fais autant par sécurité que par politesse.
Accorder à un grand chiot la même indulgence qu’à un petit ne revient pas à tout laisser passer. Cela signifie reconnaître que certains comportements ne disparaissent pas plus vite sous prétexte que son corps grandit rapidement. Bowie a besoin de temps pour comprendre, répéter, se tromper et recommencer.
Le cadre reste nécessaire, mais il doit demeurer compatible avec son niveau de maturité. Bowie n’a pas besoin que j’oublie le chien adulte qu’il deviendra. Il a besoin que je prépare cet avenir sans effacer le chiot qu’il est encore aujourd’hui.
Laisser au grand chiot le temps de devenir grand
Un grand chiot reste un chiot, même lorsque son poids, sa silhouette ou sa force commencent à évoquer ceux d’un adulte. Son corps peut grandir rapidement sans que ses émotions, son attention et ses apprentissages avancent au même rythme. Respecter son développement demande donc de regarder son âge avant son gabarit.
Cette réalité ne dispense pas de l’éduquer. Au contraire, sa future puissance rend certains apprentissages particulièrement importants. Toutefois, anticiper ne signifie pas durcir. Il est possible d’instaurer des règles cohérentes, de prévenir les comportements gênants et de préparer l’avenir avec patience. La taille du chien modifie les précautions à prendre. Elle ne devrait jamais déterminer la quantité de douceur qui lui est accordée.
Avec Bowie, je mesure chaque jour ce décalage. Les personnes que nous croisons voient parfois un chien déjà impressionnant. Pour ma part, je vois encore le chiot maladroit qui se fatigue et découvre le monde. Je vois aussi celui qui vient chercher du réconfort lorsqu’il ne comprend pas ce qui lui arrive. Ces deux réalités coexistent, mais la seconde reste facilement invisible pour ceux qui ne connaissent pas son âge.
Respecter le rythme d’un chiot de grand gabarit, c’est lui laisser le temps de devenir le chien que son apparence semble déjà annoncer. C’est préparer son corps, son comportement et sa vie future sans précipiter son enfance. Bowie sera bientôt un grand chien. Pour le moment, il a encore pleinement le droit d’être petit.
Un grand chien n’a pas besoin d’une femme forte
Il y a une remarque que les femmes qui vivent avec de grands chiens connaissent probablement bien : » Mais vous avez la force de le tenir ? » La question paraît parfois anodine. Elle peut même être posée avec une réelle inquiétude. Pourtant, derrière elle se cache aussi un préjugé assez tenace : celui selon lequel un grand chien serait davantage « fait » pour un homme que pour une femme.
Comme si la capacité à vivre avec un chien de 30, 35 ou 40 kilos dépendait essentiellement de la capacité physique de la personne qui tient la laisse.
Évidemment, la force physique compte. Un grand chien possède une puissance que l’on ne peut pas ignorer, et prétendre le contraire serait irresponsable. Un chien qui prend peur, qui démarre brusquement ou qui décide de poursuivre quelque chose peut mettre son humain en difficulté. C’est précisément pour cette raison que l’éducation, la prévention et la connaissance de son chien sont essentielles. Mais vivre avec un grand chien ne consiste pas à attendre qu’il tire pour vérifier qui est le plus fort.
À six mois, Bowie pèse déjà 27 kilos. Il va encore grandir, et je n’ai absolument pas la prétention de pouvoir le retenir par la seule force de mes bras s’il décidait réellement de partir. En revanche, mon objectif n’est pas qu’il soit physiquement contraint de rester près de moi. Mon objectif est qu’il apprenne progressivement à marcher avec moi, à gérer ses émotions, à observer son environnement, à revenir vers moi et à faire des choix compatibles avec notre sécurité.
Et cela, ce n’est pas une question de muscles. C’est une question de relation. De patience. De cohérence. D’anticipation. D’observation. De communication. De confiance construite au fil des jours.
C’est aussi pour cela que je trouve cette représentation du » grand chien pour les hommes » particulièrement dommageable. Elle laisse entendre qu’une femme devrait avoir un chien plus petit, plus facile à retenir, plus « à sa mesure« . Comme si la taille du chien déterminait à elle seule la compétence de la personne qui l’accompagne.
Or une femme peut vivre avec un grand chien. Elle peut l’éduquer, le promener, travailler son autonomie, lui apprendre à gérer ses émotions et construire avec lui une relation solide. Pas parce qu’elle serait plus forte qu’un chien de 40 kilos. Mais parce qu’elle n’a pas besoin de l’être.
Et peut-être qu’au fond, c’est cela qu’il faudrait davantage rappeler : notre objectif n’est pas de gagner un bras de fer avec notre chien. C’est de construire une relation dans laquelle ce bras de fer n’a pas besoin d’avoir lieu.
Un grand chien reste un chien. Un gros chiot reste un chiot. Et derrière les kilos qui s’accumulent rapidement, il y a toujours un jeune individu qui apprend encore à comprendre le monde. Alors non, je ne suis pas une femme particulièrement forte. Mais je suis son humaine. Et ça, pour son éducation, ça compte beaucoup plus que le nombre de kilos que je pourrais soulever.
Sources scientifiques
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Arhant, C., Bubna-Littitz, H., Bartels, A., Futschik, A. et Troxler, J. (2010). Behaviour of smaller and larger dogs: Effects of training methods, inconsistency of owner behaviour and level of engagement in activities with the dog. Applied Animal Behaviour Science, 123(3-4), 131-142. Consulter l’étude
Krontveit, R. I., Nødtvedt, A., Sævik, B. K., Ropstad, E. et Trangerud, C. (2012). Housing- and exercise-related risk factors associated with the development of hip dysplasia as determined by radiographic evaluation in a prospective cohort of Newfoundlands, Labrador Retrievers, Leonbergers, and Irish Wolfhounds in Norway. American Journal of Veterinary Research, 73(6), 838-846. Consulter l’étude
Asher, L., England, G. C. W., Sommerville, R. et Harvey, N. D. (2020). Teenage dogs? Evidence for adolescent-phase conflict behaviour and an association between attachment to humans and pubertal timing in the domestic dog. Biology Letters, 16(5), 20200097. Consulter l’étude
Kinsman, R. H. et al. (2025). Owner-Perceived Undesirable Behaviours in Young Dogs and Changes with Age. Animals, 15(8), 1163. Consulter l’étude

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AU SUJET DE L’AUTEUR

QUEENY & JULIE
Julie a fondé MDIAQ en 2016. Amoureuse des chiens depuis sa plus tendre enfance, elle a souhaité partager sa passion en l’alliant à son domaine de prédilection; à savoir, l’écriture. En 2024, afin d’ouvrir le blog a des contenus plus « humains », elle décide de développer BIAW. L’objectif étant de partager également des thématiques féminines ancrées dans l’ère du temps. Qui est Julie ? Passionnée de littérature, arts, photographie et shopping. Historienne de formation, curieuse, et animée constamment par l’envie d’enrichir ses connaissances. Ce blog était donc une évidence. Toujours en duo, elle partage son quotidien avec une adorable croisée border collie, prénommée Queeny, depuis 10 ans. Suivre le duo sur Instagram
