Tout comme nous, nos animaux de compagnie rêvent pendant leur sommeil. Nous nous en sommes tous rendons compte lorsque, lors d’une sieste, nous pouvons les observer couiner, aboyer/miauler, bouger les pattes comme s’ils courraient ou attrapaient quelque chose.
Les mécanismes du sommeil sont similaires chez tous les mammifères. Il s’agit d’une mécanique cérébrale bien rôdée, complexe et oh combien importante. Quand celle-ci déraille, de façon plus ou moins importante, que ce soit de la faute du cerveau ou d’autres facteurs plus « éloignés », les troubles du sommeil s’installent. Nous, humains, y sommes sujets, mais les animaux également. Chiens, chats, chevaux, rongeurs, etc… tout mammifères peut être un jour sous la coupe d’un trouble du sommeil. Avec pour conséquences des répercussions sur l’ensemble de l’organisme dans les cas les plus importants. Chez le chien, un des troubles les plus fréquents est la narcolepsie. A ne pas confondre avec l’épilepsie dont nous vous avons aussi parlé, il s’agit d’une maladie neurologique dont vous avez peut-être déjà entendu le nom ou les symptômes. Une personne ou un animal qui s’endort n’importe où, n’importe quand… Cela vous parle ?
Ainsi, la Narcolepsie-cataplexie touche non seulement les humains mais aussi certains animaux tels que les chiens, et plus rarement les chevaux, moutons, et les rongeurs. Petit tour d’horizon de cette maladie peu commune
Info : nous parlerons principalement ici de la narcolepsie chez le chien.
Histoire de la découverte de la narcolepsie chez le chien
C’est dans les années 1970 que la notion de narcolepsie-cataplexie chez le chien voit le jour. Lors d’un congrès médical aux Etats-Unis un vétérinaire, en voyant des vidéos de patients atteints de la pathologie, fait une analogie avec un chien qu’il a eu en consultation avant son décès. Jusque-là, il pensait faire face à une sorte d’épilepsie résistante aux traitements chez cet animal. Le chien s’effondrait, mais se réveillait énergiquement face à un stimulus odorant de nourriture.
C’est de là que nait la recherche de cas similaires de narcolepsie dans l’espèce canine. Après des dizaines de visites auprès de vétérinaires du pays et interventions dans des congrès vétérinaires, les deux chercheurs associés fondent une sorte de « colonie de chiens narcoleptiques ». Tous les cas leurs sont rapportés, et certains chiens leurs sont transmis…
Pour en savoir plus sur l’histoire de la narcolepsie : History of narcolepsy at Stanford University – Mignot. 2014 – https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4028550/
Quelles sont les causes de la narcolepsie ?
Chez le chien, il semblerait que la cause génétique soit la plus fréquente et la plus largement reconnue. Notamment chez les races de types Doberman, Labrador et Teckel. Il s’agirait d’une transmission autosomique récessive (il faut les deux parents porteurs du gène muté pour que le chiot soit malade).
Il existe aussi une forme sporadique. C’est-à-dire que la maladie se développe chez l’animal, sans que les parents ne soient porteurs du gène muté. La mutation apparait spontanément.
Locus prouvé : Gène Hcrtr2 codant pour un récepteur couplé à une protéine G ayant une forte affinité pour les orexines, porté par le chromosome 12.
Les causes de la narcolepsie seraient une modification des taux d’hypocrétine (aussi nommée orexine). L’hypocrétine est une hormone neurotransmetteur. C’est-à-dire un petit messager chimique qui agit sur des régions du cerveau pour les aider à communiquer entre elles. L’hypocrétine agit sur l’hypothalamus, un centre hormonal important qui régule le sommeil, mais aussi l’appétit (et plein d’autres fonctions vitales pour l’organisme par régulation des centres endocriniens).
En d’autres termes : le petit messager chimique n’est pas produit en quantité normale (en l’occurrence il existe un déficit de production chez le chien), les informations au niveau du cerveau sont modifiées et les symptômes apparaissent.
Il existe aussi des formes secondaires, à un accident traumatique par exemple ou une tumeur, et dans ce cas-là, la cause est connue, sans que le traitement ne soit pour le coup simplifié.



Caractéristiques d’une crise de narcolepsie-cataplexie ?
La narcolepsie se caractérise par un endormissement soudain et profond, à des moments inappropriés de l’animal. Par exemple : le chien joue ou court et d’un seul coup, il s’écroule en dormant profondément. Mais ce sommeil n’est que de très courte durée. Ainsi, au bout de quelques secondes ou minutes, il se réveille comme si rien ne s’était passé.
L’épisode narcoleptique est à différencier de la cataplexie, un autre trouble fréquemment associé à la narcolepsie. Lors d’une crise de cataplexie, le chien s’immobilise à cause d’une paralyse des muscles, mais il reste conscient. Il suffit d’un bruit ou d’un contact physique pour le « réveiller ».
Comment réagir face à une crise ?
Lorsque la crise apparait, celle-ci ne dure généralement pas très longtemps. Quelques secondes à quelques minutes.
Si le chien venait toutefois à s’endormir plus longtemps, ce qui peut arriver quelque minutes après une crise de cataplexie, il suffit de le réveiller en lui parlant ou en le touchant doucement.
Prise en charge médicale et traitement
Les crises de cataplexie sont plus généralement invalidantes pour le chien que les crises de narcolepsie. Ce sont donc elles que le vétérinaire va vouloir éviter avec un traitement.
La narcolepsie-cataplexie n’est pas dangereuse pour l’animal, elle ne met pas son pronostic vital à court ou long terme en jeu. Elle est « simplement » invalidante, surtout dans le cas de crises de cataplexie. Le pronostic est bon.
Lors de la première consultation d’un vétérinaire pour suspicion de narcolepsie, celui-ci va réaliser un check-up complet de votre animal et vous poser plein de questions afin d’éliminer autre chose : Dans quelles situations se déroulent les crises, quelles durées, y’a-t-il un stimulus qui provoque les crises plus fréquemment, avez-vous des vidéos des crises, etc…
Il s’agit d’un diagnostic d’exclusion : afin d’éliminer toutes les autres causes possibles aux symptômes, différents examens peuvent être nécessaires : analyses de sang et d’urines, imageries médicales (radiographie, échographie, IRM et/ou scanner).
A savoir qu’il existe un test de dépistage génétique par PCR de la narcolepsie chez le chien. Cependant, celui-ci peut être couteux et tous les laboratoires ne le dépistent pas.
Et, malheureusement, il n’existe pas de traitement contre la narcolepsie.
La narcolepsie au quotidien ?
Pour éviter les crises de narcolepsie-cataplexie, et si vous avez déterminé un élément déclencheur, évitez le !
Le seul risque serait que l’animal s’effondre de sommeil en se cognant… veiller donc à sécuriser votre intérieur, un peu comme vous le feriez avec des enfants, avec le moins de mobilier bas avec des angles par exemple (je pense aux tables basses par exemple).
Le sommeil n’est perturbé qu’en journée dans le cas de la narcolepsie. Les troubles n’ont donc pas de répercussions sur le reste de l’organisme, à cause d’un manque de “vrai” sommeil comme dans le cas d’autres troubles du sommeil.
La narcolepsie-cataplexie, bien que dérangeante pour l’animal, n’est pas grave en soi. Une nouvelle plutôt rassurante pour nos animaux souffrant de cette pathologie neurologique.
AU SUJET DE L’AUTEUR
Luna’s Team
Karen a rejoint le blog fin 2016, pour allier son envie d’écriture, sa passion des chiens… et de la science ! Elle partage sa vie avec Luna, un Coton de Tuléar, et Nalie, un Scottish Terrier. Avec une formation en physiologie, physiopathologie et un doctorat en Neurosciences, le côté scientifique et médical de MDIAQ, c’est souvent la Luna’s Team qui s’en occupe ! Mais Karen est aussi l’heureuse maman de deux petits humains. Une famille nombreuse qui lui permet d’aborder les sujets chiens-enfants dans ses articles. Les rubriques phares sont donc « Take care, Babydog, Mini hum’addict ». Suivre la Team sur Instagram.


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